Venezuela et Cuba libertaire

Chatnoir

Venezuela. Les travailleurs face à la crise économique et sociale

Le pays vit des moments de tensions et d’effervescence sociale. La cause fondamentale des protestations et des mobilisations des derniers jours – au-delà du rejet des actions répressives policières, militaires et parapolicières – réside dans le fort mécontentement populaire qui s’est accumulé suite à la grave crise économique et sociale à laquelle le gouvernement de Nicolas Maduro cherche à répondre en appliquant une politique d’ajustement économique qui reporte le poids de crise sur les épaules des travailleurs et du peuple.

La dévaluation appliquée par le gouvernement Maduro se traduit par un coup dur contre les déjà maigres salaires des travailleurs, cela dans un contexte d’hyperinflation. Le gel des contrats collectifs dans le secteur public et la non-application des obligations légales et contractuelles par les patrons des secteurs publics et privés s’appuient sur le refus de prendre en considération les syndicats (autonomes) et sur la criminalisation des luttes que livrent les travailleurs en défense de leurs droits.

Des centaines de travailleurs, d’indigènes, de paysans et d’étudiants-es doivent faire face à la justice pour fait de manifestation, cela comme un élément d’une escalade répressive qui vise à freiner le processus de mobilisations qui s’est traduit par 15’231 protestations sociales au cours des trois dernières années.

José Bodas

Notre courant syndical – la C-cura – par son engagement inconditionnel pour les intérêts des travailleurs a souffert directement des coups portés par des hommes de main et des persécutions conduites par des patrons du public et du privé. L’attaque la plus récente de la part de la bolibourgeoisie [la bourgeoisie bolivarienne dépendante de la rente pétrolière et de l’appareil d’Etat dans lequel les militaires disposent de positions importantes] et l’ouverture d’un procès contre José Bodas, secrétaire général de la Fédération unitaire des travailleurs du pétrole (FUTPV) et dirigeant de notre courant. Ce procès frappe aussi 9 travailleurs du secteur pétrolier. C’est une action de représailles contre la mobilisation de la raffinerie de Puerto La Cruz, mobilisation défendant la participation du syndicat dans la discussion concernant le nouveau contrat collectif de la branche.

A l’inflation de 56,2% pour l’année 2013 s’ajoute le désapprovisionnement (manque de biens, pénuries) qui se situe, selon la banque centrale, à hauteur de 28% pour le mois de janvier 2014 et à 26,2 % pour les biens alimentaires. Toutes les attentes provoquées par le gouvernement sur une prétendue politique de « prix justes » sont apparues comme illusoires. Il s’ensuit que l’inflation ronge les salaires. Durant le mois de janvier 2014, la perte se situe à 3,3%. L’augmentation minimale de 10% décrétée au début de l’année 2014 équivaut à une compensation d’environ 10 bolivars par jour, alors que, selon Elias Eljuri, président de l’Institut national de statistiques, il faudrait au moins 2 salaires minimums pour couvrir les besoins de base d’une famille.

Le mouvement étudiant a développé des revendications démocratiques contre l’utilisation de groupes parapoliciers lors de la répression de leurs manifestations et contre les excès répressifs des corps policiers et de la Garde nationale bolivarienne (GNB). Il est certain que le gouvernement Maduro a affronté les récentes mobilisations en les réprimant à travers le SEBIN (Service bolivarien de renseignement national) et de la GNB [1]. On déplore 10 morts et des centaines de blessés et détenus [dont une partie a été libérée]. Nous considérons que ces revendications démocratiques doivent s’intégrer à un ensemble de revendications sociales et économiques qui offrent une réponse au mécontentement de millions de personnes qui souffrent des conséquences de la crise économique et des politiques d’ajustement du gouvernement.

Mais, aujourd’hui, ils ne se mobilisent pas à cause de la défiance, justifiée, qu’ils ont face aux directions politiques qui composent la MUD (Mesa de Unidad Democrática ; la Table d’unité démocratique), ce rassemblement de forces qui ont déjà gouverné le pays durant la période de l’accord entre les trois formations bourgeoises dit de Punto Fijo (datant 1958, suite à la dictature) et qui se sont opposées aux aspirations populaires. Ces forces représentent les intérêts patronaux et pro-impérialistes.

C’est pour cette raison que – en toute autonomie face aux deux blocs partisans (les forces dirigeantes du gouvernement et la MUD) qui hégémonisent actuellement la politique vénézuélienne – nous devons unifier les efforts et les forces, depuis le bas, pour rendre visibles nos exigences face aux pénuries, à l’inflation, aux violations des droits des travailleurs, à la crise du système public de santé, aux déficits concernant le logement et à la détérioration des services publics.

De la même façon il s’agit d’incorporer les revendications propres des étudiants-es, en instaurant un budget plus juste pour l’éducation, en démocratisant les instances de direction des universités.

Malheureusement la majeure partie des directions syndicales a décidé soit de s’aligner, soit avec le gouvernement Maduro, soit sur la MUD. Cela rend difficile l’expression par les travailleurs et les travailleuses de leurs propres revendications dans le contexte actuel. La marche convoquée par le gouvernement et la bureaucratie, la semaine passée [18 février] pour valider le contrat passé dans le secteur pétrolier en constitue un exemple. De son côté, quelques-unes des directions syndicales qui font partie de l’Unité d’action syndicale ont signé un manifeste pour le dialogue social dans lequel elles rejettent, avec raison, la répression policière et parapolicière, appellent à la dissolution du SEBIN et demandent que cesse la criminalisation des protestations. Toutefois, elles appellent à protéger les intérêts des investisseurs en proposant une alliance entre travailleurs et capitalistes, position qui enlève tout caractère de classe à leur manifeste. Et elles n’avancent, dès lors, aucune exigence sociale et économique. Ce qui est encore plus préoccupant.

Ces différences font que ni la C-cura ni la UNETE (Union nationale des travailleurs) n’ont signé un tel manifeste. Nous sommes en faveur d’une amnistie générale de tous les lutteurs sociaux qui sont déférés devant les tribunaux. Nous demandons une enquête, avec la participation d’organisations de défense des droits de l’homme, qui puissent déterminer les responsables matériels et intellectuels des morts et des blessés, actes commis à l’occasion d’attaques armées contre les manifestations. Nous appelons à la solidarité des responsables des médias et des travailleurs des moyens de communication, qu’ils soient privés ou étatiques, afin de rejeter les pressions du gouvernement pour réduire le droit à l’information.

De même, nous sommes en faveur d’un Plan économique et social alternatif pour que les secteurs populaires ne paient pas la crise et pour la faire payer à ceux qui l’ont provoquée : à la bureaucratie gouvernementale et à ses alliés du secteur patronal. Nous exigeons une augmentation générale des salaires, un salaire minimum couvrant les besoins de base d’une famille, l’ouverture des réelles négociations sur les contrats collectifs arrivés à échéance, l’exécution des engagements non respectés par les patrons, la suppression de la TVA, la nationalisation de l’industrie pétrolière sans entreprises mixtes ni transnationales, le sauvetage de la Corporación Venezolana de Guyana (complexe de 15 entreprises spécialisées dans l’extraction de minerais) et des entreprises de ciment. Et, enfin, que soient respectés les droits territoriaux des peuples indigènes.

Avec l’unité des travailleurs et des secteurs populaires, il est possible de présenter une alternative depuis le bas face aux options que prétend nous imposer le pouvoir et qui vont à l’encontre des aspirations économiques et sociales de la majorité de la population. Nous appelons toutes les directions syndicales à défendre les intérêts de la classe ouvrière et à impulser un programme autonome de revendications pour l’opposer aussi bien aux choix du gouvernement qu’à ceux de l’opposition patronale. Nous réaliserons une Rencontre syndicale et populaire dans la ville de Caracas durant la première partie du mois de mars, pour déterminer une position autonome face à la crise nationale. Ainsi, dans les faits, nous avancerons vers la refondation du mouvement syndical et nous dépasserons la polarisation stérile qui a affecté l’initiative politique du mouvement ouvrier au cours des dernières années. (Déclaration publiée sur le site La Cl@se Info le 26 février 2014 ; traduction de A l’Encontre)

[1] Selon l’AFP, ce vendredi 28 février, la procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega Diaz, a admis devant la presse que 27 enquêtes avaient été ouvertes en raison d’exactions supposées des autorités. « Le ministère public ne va permettre sous aucun prétexte que soient violés les droits de l’homme », a-t-elle souligné. Elle a livré un bilan de ces semaines de manifestations, faisant état de 17 morts et 261 blessés. (Rédaction A l’Encontre)

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