Utilisation du terme libertaire: n’en jetez plus!

Enfant couleurs

Utilisation du terme libertaire : n’en jetez plus !

Depuis la sortie du livre de Camille Kouchner, le terme libertaire est employé à tout-va et galvaudé dans la presse et les médias. Le mot libertaire étant synonyme d’anarchiste, on voit mal comment des individus comme Lang, Kouchner, Sartre, Glucksmann…pour ne citer qu’eux, puvent se prévaloir d’une quelconque influence libertaire. Et d’accoler le terme libertaire à l’odieux : « Nous étions portés par une vision libertaire fautive » Jack Lang. Derrière la famille brillante et libertaire : l’inceste.

Entre emprise incestueuse et discours libertaire, entre désir de littérature et campagne médiatique, entre culture de Cour et quête d’émancipation, le scandale provoqué par la sortie de « La Familia grande » révèle les contradictions d’un monde de pouvoir où l’endogamie est la règle.

C’est là que la rhétorique est vraiment neutre ; c’est l’utilisateur qui en décide. Le discours libertaire a été mis au service de cet acte ( Raphaël Enthoven).

Une dizaine d’années après 1968, nous nous trouvions dans « une atmosphère libertaire où rien n’était interdit » selon des pisse-copies attardés.

C’est dans ce contexte que la pétition de Gabriel Matzneff, « L’enfant, l’amour, l’adulte », imprimée le 26 novembre 1977 dans les pages du Monde et le lendemain dans celles de Libération, a refait surface. Une pétition pro-pédophilie cosignée par une soixantaine d’intellectuels, dont Bernard Kouchner, Jack Lang, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Roland Barthes, Pierre Guyotat, André Glucksmann…On a beau chercher les signatures de militants libertaires, on en voit guère. Sartre a plutôt fricotté avec le Parti communiste, puis avec des courants gauchistes, au sens léniniste du terme dont les Mao dans les années 1970. Glucksmann , ancien marxiste Mao a ensuite été associé au courant dit des « nouveaux philosophes » et évolue progressivement vers une position atlantiste et néolibérale… Kouchner et Jack, socialistes de gouvernement…Tout ce beau monde n’a rien à voir avec les libertaires.

Mais tenter de discréditer les libertaires, c’est tenter de discréditer l’héritage de Mai 68 , souvent mis au banc des accusés ces temps derniers.

Pourtant à regarder de plus près, des lecteurs du journal Le Monde (7-8 novembre) réagissaient déjà en 1976 à la tribune de Matzneff, le journal publiant quinze jours plus tard quelques réponses vives à cette « défense du vice présentée sans scrupule ».

Pour aller plus loin, des ballets roses ou bleus ont été organisés bien avant 1968. Les curés pédophiles ont sévi de tous temps. La pédophilie et l’inceste sont des actes ignobles pratiqués depuis des lustres. Ils n’ont pas attendus l’après-68 pour se dérouler.

C’est la gauche caviar qui est visée dans la pétition pro-pédophilie.  Mais les actes pédophiles et l’inceste qui touchent un pourcentage énorme de la population ne sont pas l’apanage d’une classe politique ou sociale particulière. Tous les milieux sont touchés. Les libertaires, du moins ceux que nous côtoyons, dénoncent les actions des  prédateurs sexuels  d’enfants et se trouvent aux côtés des enfants dans le milieu éducatif notamment pour lutter à leur niveau contre tout acte qui vise à l’intégrité physique et morale des gosses… Parce que nous savons par expérience que les victimes de maltraitances sous toutes leurs formes ont du mal à se projeter dans l’avenir et à se reconstruire. Nous ne pourrons jamais nous accommoder du système de domination perverse sur l’enfance.

Pour en revenir sur le terme libertaire inventé par Déjacque, nous proposons à nos lecteurs le point de vue de Sébastien Faure sur l’anarchisme.

Dans l’encyclopédie anarchiste, il définit ce qu’il entend par anarchisme.

Il faut entendre par « Anarchisme », le mouvement social qui se propose de poursuivre la réalisation de l’idéal anarchiste. Ce mouvement embrasse toute l’action libertaire. Vivante, cette action s’inspire des événements et circonstances de temps et de milieu ; souple, elle met à profit toutes les possibilités qui se dégagent au jour le jour de la vie sociale ; vigilante, elle surveille et utilise, avec adresse et méthode, les courants multiples qui traversent et pénètrent l’opinion, l’impulsent ou la dirigent. Elle a pour but d’acheminer les individus et la Société vers l’Anarchie par les voies les plus sûres et les moins lentes, grâce à des moyens de combat et des formes de lutte toujours en accord avec les principes et l’objectif libertaires.

« L’Anarchie » c’est ce que nous entrevoyons ; « l’Anarchisme », c’est ce que nous vivons et réalisons pied à pied ; c’est la lutte incessante des militants libertaires contre toutes les institutions qu’ils veulent abattre ; c’est, sous les formes les plus variées, la bataille sans trêve ni repos que les compagnons et les milieux anarchistes mènent contre les préjugés, la routine, la tradition, les enseignements, les erreurs et le fait autoritaire qu’ils ambitionnent de supprimer ; c’est, pour tout dire, l’ensemble des efforts qui ont pour but de préparer et hâter l’éclosion de la période révolutionnaire proprement dite et d’assurer au mouvement anarchiste, dès la Révolution, la plus puissante vitalité et les meilleures conditions de développement.

Si nous admettons — et pas un libertaire ne songerait à le contester — que, pendant la Révolution, l’action anarchiste sera, d’abord, de détruire de fond en comble toutes les Institutions à base et à structure autoritaires et, ensuite, de jeter immédiatement les fondements de la structure sociale libertaire, il saute aux yeux que les tâches immédiates de l’Anarchisme sont de deux sortes : les unes négatives ou démolitives, les autres positives ou reconstructives.

Les premières ont pour objet de saper profondément le principe d’Autorité dans toutes ses manifestations, de démasquer et de combattre par avance toutes les manœuvres par lesquelles, disqualifié ou abattu, il tente de se réhabiliter ou de se survivre sous une autre forme.

Les secondes ont pour but de créer et de développer, d’ores et déjà le plus qu’il se peut, tous les modes de vie, individuelle et sociale, d’esprit anarchiste et de forme libertaire, propres à favoriser les impulsions, à faciliter les courants, à provoquer les mesures, à faire naître les arrangements de caractère anarchiste et à en assurer — aussitôt la besogne destructive accomplie — le développement spontané, libre, rapide et naturel.

Cet immense labeur doit s’effectuer — et, en réalité, il s’effectue — dans l’ordre suivant : éducation, organisation, action.

Micka (Groupe libertaire Jules Durand)

 

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