Syndicalisme en déroute constante

coeur cgt

Dans cette phase de nouvelle normalité au sein de l’anomalie habituelle, dans ce qui fait référence au monde du travail, nous pourrons voir comment les plans des puissances économiques se développent pour profiter de la situation créée par la Covid-19. En raison du ralentissement économique et de la situation d’incertitude créée (commodément étayée et amplifiée par les principaux médias et les différents outils de création d’opinion via les réseaux sociaux), les employeurs, les gouvernements et les grands investisseurs ont vu une opportunité de faire progresser toutes les mesures qu’ils prévoyaient déjà de prendre dans le cadre de la récession annoncée qui à partir de fin 2019 était annoncée pour 2021.

Nous  subissons un scénario de déroute absolue du syndicalisme de concertation et de collaboration, dans le contexte du démantèlement de l’État-providence à la suite de la crise économique de 2007, avec une insécurité de l’emploi massive, la quasi disparition des syndicats dans la plupart des entreprises petites et moyennes éliminant ainsi toute trace de tradition syndicale et l’utilisation des nouvelles technologies pour brouiller,  voire nier, l’existence d’une relation de travail entre employeurs et travailleurs. En dehors de la réalité de la structure économique française, avec peu de contacts avec les jeunes générations de travailleurs, et avec une perte constante d’affiliation depuis les années 1990, ce syndicalisme, qui aime se présenter en public comme un syndicalisme représentatif, a été une proie facile pour le rouleau compresseur contre les droits du travail lancé à l’occasion de l’arrêt économique consécutif de mars 2020 en raison de la pandémie.

Les employeurs ont agi avec un excellent degré de coordination pour tirer parti de la situation créée par la crise sanitaire. La nécessité d’un nouveau modèle syndical capable de faire face à la situation actuelle est évidente. Mais le syndicalisme est-il encore un outil émancipateur pour les travailleurs ? Au-delà du constat de l’affaiblissement permanent du syndicalisme dû aussi à la répression patronale, les responsables et militants syndicaux ont leur part de responsabilité. Il n’est que de constater les bagarres de pouvoir au sein des confédérations. Quid des centaines d’adhérents qui ont quitté la CGT des territoriaux de Paris, quid des problèmes au sein de l’UD de FO du Finistère, quid des scissions au sein même de petites organisations comme les CNT françaises. Et nous pourrions lister depuis des décennies les conflits entre organisations, entre militants…ce qui aboutit à la multiplication des syndicats qui se contentent de faire vivre leurs quelques structures subventionnées qui elles-mêmes font vivre quelques individus via le permanentat. Dernier exemple en date, ce sont 12 structures syndicales qui se sont présentés aux suffrages des retraités aux élections de la CNRACL de mars 2021. Pour les élections TPE de mars-avril 2021, ce sont 25 organisations syndicales qui se sont portées candidates dont 11 au niveau national interprofessionnel.

La France est devenue le pays du syndicalisme émietté, un syndicalisme qui décourage l’investissement militant. Les politiciens gangrènent la vie syndicale, sans compter les idiots utiles qui soutiennent telle ou telle coterie.

Les entreprises ont agi comme si elles n’avaient pas les moyens de payer leur main-d’œuvre pendant quelques mois, comme si elles étaient des familles pauvres vivant au jour le jour. Ces mêmes PME aux pénuries de personnel éternelles, se réfugiant  derrière de lourdes charges qui cachent pourtant des profits qu’elles  ne réinvestissent pas. Ces mêmes qui ont laissé les travailleurs sans information et sans protection aux premiers temps du Covid et se sont précipitées vers le télétravail au moment du déclenchement de la crise sanitaire. Nous constatons que le télétravail selon les dernières études permet une productivité accrue de 20% des salariés. Les syndicats dits majoritaires, désuets, se sont trouvés  piégés dans un modèle, celui de la représentation, avec ses comités , ses délégués et ses subventions, dépassés et inefficaces.

L’un des problèmes a été le discours erratique du gouvernement concernant l’utilisation ou non de masques, gants et autres éléments de protection. Ce discours erratique combiné au manque de connaissances des travailleurs sur la prévention des risques professionnels a conduit à une utilisation tardive, mal coordonnée et incorrecte des éléments de protection. Tout cela aurait pu être évité s’il y avait eu une présence syndicale dans les entreprises à la fois pour diffuser ces éléments et pour dispenser une formation adéquate pour leur utilisation correcte. Cela n’a pas été possible car le modèle syndical des comités et des délégués du personnel ne dispose pas de personnes formées dans ce domaine, sauf dans les grandes entreprises.

Comme il repose sur des élus ayant peu de liens avec leurs syndicats (s’ils sont syndiqués), ils n’ont pas les connaissances les plus élémentaires en matière de prévention des risques. À son tour, ce manque de connaissances signifie qu’à partir de ce modèle syndical il n’est à aucun moment possible d’interférer ou d’influencer les décisions de l’entreprise, au-delà de la distribution des calendriers de travail en début d’année, de sorte que les entreprises, habituées à regarder leur seul et unique intérêt ont mis en danger la santé de la société dans son ensemble en raison de leur manque de mesures de base. Dans un contexte de représentants sans vocation syndicale dans les PME, au-delà de la jouissance des fameuses heures syndicales, c’est toute la combativité des travailleurs qui est obligée de se passer de syndicats en cas de conflit avec l’employeur.

Le fait que certaines sections syndicales dès le début de la pandémie aient promu des réunions, des demandes de matériel, des plaintes à l’inspection du travail, contribue à faire la différence entre les endroits où la présence syndicale permet des avancées et ceux où les syndicats sont inexistants.

 

Nous constatons une recrudescence de la contagion de la Covid 19 notamment en région lyonnaise, rouennaise, Hauts de France…et surtout en Ile de France où les écoliers et les enseignants sont touchés de plus en plus. Tout cela aurait pu être limité à partir d’un modèle construit avec une représentation syndicale, qui donne la priorité à la protection des personnes, tant au niveau de la stabilité de l’emploi qu’au niveau de la santé, comme moyen d’obtenir leur participation. C’est le seul moyen cohérent et réaliste de générer de la pression contre le patronat et l’Etat-patron et de forcer les entreprises et l’Etat à négocier, c’est notre façon de voir le syndicalisme.

Donc, dans la nouvelle normalité, au sein de l’anomalie habituelle, nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de vivre dans une économie dont les relations de travail sont pratiquement médiévales. D’authentique servitude. Et pour cela, il est inévitable de changer le modèle syndical.

Ti Wi (GLJD)

 

 

Partager cet article