Stroud, une ville d’activistes

Casa de Papel

Stroud, une ville d’activistes

Nous avons évoqué à plusieurs reprises dans nos colonnes les alternatives qui se mettaient en place en France. Partons chez nos voisins britanniques, à Stroud, à une heure et demie de train de Londres. C’est dans cette ville qu’est née Extinction Rebellion. Adeptes de la désobéissance civile et de l’action directe, ce mouvement écologiste, XR, se sent comme un poisson dans l’eau dans cette commune de 30 000 habitants. Marchés de producteurs locaux, bistrots vegan, équipe de foot où les joueurs sont vegans, magasins où les vêtements sont d’occasion…La réflexion pour diminuer l’empreinte carbone est déjà bien avancée. Petite ombre au tableau, avec la pandémie et le télétravail, de nombreux londoniens rappliquent (un peu comme les parisiens chez nous) et l’ancienne cité minière se gentrifie.

Apparemment il fait bon vivre dans cette ville où la qualité de l’enseignement public est vantée. Finie l’expérience de l’école Steiner- Waldorf tant décriée. Rien de libertaire dans ce type d’école si ce n’est l’apprentissage de l’autonomie. Les anarchistes n’ont jamais été des adeptes de l’occultisme mais du rationalisme. Certaines militantes veulent créer des espaces de radicalité. D’autres comme Gail Brabrook font dans la provocation ou diront d’autres dans l’action directe. Cette dernière s’est récemment attaquée au marteau piqueur à la vitrine de la Barclays, afin de dénoncer les investissements des banques dans les énergies fossiles. L’activiste risque dix années de prison mais assume son geste. A suivre, donc.

Action directe non violente, voilà l’expression maîtresse de nombreux activistes de Stroud. D’anciens zadistes rendent visite aux activistes de Stroud et prônent un activisme plus créatif. Très certainement influencés par Murray Bookchin au niveau poésie et arts. Mais les activistes de cette région ont un passé activiste déjà bien chargé : lutte contre le gaz de schiste, occupations d’arbres pour défendre d’anciennes forêts, lutte contre les pollutions…toutes ces luttes utilisant la non-violence et la désobéissance civile. Le but maintenant, après ces actions, c’est de changer la société. La structure qui chapeaute tous les groupes d’XR s’appelle « La Ruche », ce qui n’est pas pour déplaire aux éducateurs libertaires. D’autres militants investissent la notion d’écocide et se coordonnent au niveau international, ce qui est très intéressant pour les échanges d’informations, de visions voire d’actions conjointes dans le monde.

Stroud a vu dans le passé un groupe d’anarchistes Tolstoïens venir s’installer sur l’une des collines environnantes. Peut-être ont-ils laissé des traces sur le plan des idées et des pratiques.

Bien sûr, quelques patrons surfant sur la vague de la sauvegarde des écosystèmes tenteront de se tailler une part de marché dans le commerce « écologique » et dans les énergies vertes, mais Stroud vit dans le monde réel. Aux activistes d’insuffler un vent de gestion directe des entreprises et des commerces dans le cadre de coopératives sous contrôle ouvrier.

Pour changer le monde sans prendre le pouvoir, il y a loin de la coupe aux lèvres. La pandémie vient de révéler les clivages entre partisans du vaccin (s’appuyant sur les données scientifiques pour sauver des vies) et les anti-vax (s’appuyant sur certains naturopathes). Stroud n’est donc pas à l’abri des tensions humaines et idéologiques. C’est aussi ce qui fait son charme car le militantisme, ce n’est pas : «  Je ne veux voir qu’une tête ».

Burno (GLJD)

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