Pour un rôle accru de l’anarchisme dans nos localités

Le capitalisme broie les vies

L’idée anarchiste, à travers les âges, a démontré qu’elle possédait la capacité de s’articuler devant divers scénarios: son amplitude, son corpus jamais complètement défini et sa capacité à se réinventer, permettent que les idées et les pratiques libertaires puissent être appréhendées de différentes manières, époques et contextes sociaux. S’il est vrai que l’anarchisme a une essence qui le distingue des autres courants politiques, ses questions et certitudes peuvent nous interroger selon les réalités locales. Pour cette raison, il est toujours nécessaire de se demander ce qu’est l’anarchisme aujourd’hui et, en outre, quel rôle il joue ou pourrait jouer dans nos localités.

Certes, pour comprendre le sens de la pensée libertaire, il est essentiel de raisonner librement, sans dogmes, formules ou préjugés. Son savoir ne se constitue pas sur la base de syllogismes, mais se construit grâce à des expériences à la fois intellectuelles et corporelles. Dans le premier cas, nous trouvons un nombre infini de littérature philosophique, historique et scientifique qui comprend des noms importants de penseurs et de penseurs aux militants anarchistes presque infinis qui ont participé à l’aventure du savoir à travers la presse ouvrière, la littérature, la musique, les brochures et les magazines et même le cinéma, malgré l’exploitation et l’oppression constantes qui ont caractérisé les siècles derniers. Cependant, l’entêtement de l’anarchisme n’est pas seulement une expression intellectuelle. Pour cette raison, comprendre les principes anarchistes est aussi une expérience corporelle, qui suppose une éthique et une manière d’être dans le monde, agissant en lui avec la conscience de faire partie d’un organisme, dilué et maltraité par les conséquences des pratiques de domination et d’exercice de la servitude à différentes échelles.

En d’autres termes, ce raisonnement libre détermine une certaine perspective, dépourvue de livres officiels et de juges mais claire dans sa motivation individuelle, allant de notre propre existence au sens que nous donnons à l’histoire de l’humanité et à notre place en elle, en suivant les indices qui nous donne notre territoire, nos familles et notre biologie.

Pour cette raison, nous pensons que la pensée et l’action anarchistes méritent une mesure constante avec la réalité. Ce n’est pas une pièce de musée, ni une doctrine qui existait déjà. Sa projection favorise les relations humaines qui ne séparent pas la société et la politique, faisant la promotion de la sociabilité dans les pratiques de liberté l’une des bases fondamentales de la vision anarchiste. Nos idées et pratiques s’articulent comme une bataille culturelle mais sont surtout ancrées dans le monde du travail.

Afin d’étudier et d’apprendre de nos anciens des idées, nous avons gardé en mémoire certaines expériences qui se sont développées au cours du siècle dernier. Nous n’avons pas l’intention d’inventer une  histoire  de l’anarchisme, mais penser plutôt à leurs pratiques passées. Plus précisément, la génération lointaine des années 1920, qui a su soulever des idées libertaires dans des contextes où la confusion politique et la multiplicité des idées nouvelles tenaient l’avenir de la société en suspens, est un creuset d’enseignements qui font les idées libertaires plus fructueuses. L’école littéraire et le déploiement qu’ils ont réalisé dans le domaine de l’éducation sont des exemples dont l’écho se fait entendre aujourd’hui et que nous sommes prêts à écouter et à repenser. De même, le développement dans le domaine syndical atteint dans les années 1895-1913, nous montre non seulement l’importance de la lutte des travailleurs, mais aussi un ensemble de pratiques quotidiennes de grande valeur aujourd’hui, telles que l’action directe, le boycottage…

L’intérêt pour ces pratiques n’est pas lié à la nécessité d’une «récupération historique», ni à la volonté de constituer une intéressante collection de pièces pour la mémoire d’un musée. C’est plutôt un certain «retour», c’est-à-dire un «retour» à certains événements qui mettent la crise actuelle du 21e siècle en perspective.

Ainsi, face à la crise actuelle que nous traversons en tant que société en raison d’une série de processus économiques imposés, exprimés par des crises fréquentes et la transformation vorace des relations économiques, ou celle présente du Covid 19, nous proposons de récupérer une série d’expériences liées aux principes acrates épuisés ou quasiment disparus, comme les Bourses du Travail et l’éducation ouvrière ou la lutte pour le respect des femmes commencée par les Mujeres libres durant la Révolution espagnole…; ainsi que la valorisation et la promotion de pratiques nouvelles ouvertement opposées au système de production capitaliste, telles que les coopératives, la production biologique en circuit court, les jardins ouvriers, la lutte pour la libre transmission des connaissances et de la propriété intellectuelle.

Nous ne nous considérons pas comme des  avant-gardistes car le concept est étroitement lié à une rigidité programmatique. Nous considérons qu’il est plus approprié d’aborder les expériences multiples qui se sont produites à la fois dans d’autres moments du mouvement libertaire et aujourd’hui. Pour cette raison, ajoutée aux conditions du contexte, nous considérons qu’il est beaucoup plus opportun d’insister sur l’idée de travail, de faire, sur l’attachement sans restriction aux idées d’échanges et de partages. Nous le constatons dans le contexte actuel où des réseaux militants, par exemple dans le Puy de Dôme, fabriquent gratuitement des masques sans attendre le bon vouloir de l’Etat, très à la ramasse dans la gestion des masques depuis le début de la pandémie. Les gens se prennent en main en s’associant en dehors des partis. Nous optons pour le dynamisme de nos idées et de nos actions, plutôt que pour les diktats éclairés d’une organisation, c’est pourquoi nous prenons position en tant que  propagandistes et diffuseurs de la pensée libertaire. Plus nombreux seront les groupes libertaires en France et ailleurs, plus nombreuse sera la presse libertaire avec ses analyses, plus nos actes alternatifs serviront d’exemple, plus notre pensée sera vivante et vivifiante pour le plus grand nombre.

Micka (GLJD)

 

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