La richesse du mouvement libertaire

Serment

La richesse du mouvement libertaire

On entend souvent parler de refondation du mouvement libertaire, de son unité…pour davantage de visibilité et d’efficacité.

Pour notre part, nous pensons que le mouvement libertaire d’aujourd’hui est riche de publications et d’analyses. Bien sûr, il existe plusieurs organisations libertaires, souvent sur des positions antagonistes quant au plan organisationnel mais là n’est pas notre propos. Quelles richesses alors pour tant de divisions ?

Il suffit de lire le mensuel de l’OCL pour constater que ce journal nous livre de sérieuses et intéressantes analyses sur les thèmes de l’environnement, du nucléaire par exemple. Le Monde libertaire de la Fédération anarchiste est très pointu dans le domaine culturel, le cinéma notamment. Le mensuel d’Alternative libertaire colle davantage à l’actualité syndicale et internationale. Le journal « Anarcho-syndicalisme » de la CNT-AIT de Toulouse vient de publier un intéressant dossier sur « Penser les Lumières »…

A côté de cette presse écrite régulière qui connaît certes des difficultés liées à la diffusion et à la perte d’un lectorat plus âgé, dirons-nous, coexistent différents sites libertaires de qualité. Le site « L’En Dehors », anarchiste individualiste, s’attelle à nous fournir une information quotidienne militante. Le site du journal « Le libertaire », revue de synthèse anarchiste, produit des articles concernant le syndicalisme, l’anti-électoralisme…non dénués d’intérêt. Le site « Socialisme libertaire » recense bon nombre d’articles de fond qui permettent une meilleure connaissance de l’anarchisme. Et il existe de nombreux sites locaux qui méritent toute notre attention. Des sites à vocation plus intellectuelle aussi comme « Grand angle libertaire », Réfractions…enrichissent la pensée libertaire et la réactualise. Avec cette diversité libertaire, la pérennité de nos idées est assurée. Il serait injuste de passer sous silence les publications Noir et Rouge ainsi que Libertalia qui sortent régulièrement des livres de qualité et permettent de garnir les tables de presse des anarchistes lors d’événements culturels.  Des camarades publient aussi à titre individuel des livres traitant de sujets libertaires dans des maisons d’édition non militantes. Cela participe aussi à la diffusion et la présence de nos idées et pratiques.

Il ne sert à rien de s’auto-flageller pour dire que nos idées ne sont plus ou mal diffusées. Au début du siècle passé, différents journaux libertaires comme « Les Temps Nouveaux », « le libertaire » et « L’Anarchie » bénéficiaient d’un tirage que bien des publications d’aujourd’hui envieraient. Mais déjà à l’époque, ceux qui faisaient « la cuisine » de ces journaux pointaient du doigt leurs difficultés à faire paraître leur hebdomadaire. A chaque époque ses difficultés.

Le mouvement libertaire est divers depuis les origines, c’est peut-être pour cela qu’il a gardé une certaine fraîcheur et une longévité que d’autres courants politiques n’ont pas eu ou n’ont plus. Le puissant Parti Communiste de l’après-guerre qui fêtera ses cent ans en 2020 n’est plus que l’ombre de lui-même.

Nous constatons cependant au quotidien par-dessus les frontières fragiles des organisations libertaires, des mouvements, qu’ils soient syndicaux, humanitaires ou sociaux, un besoin de se rapprocher, de se joindre voire de se fédérer. Ce désir trouve sa source dans la notion que la force de chacun est insuffisante pour parvenir au but poursuivi, qui pourrait peut-être être atteint par l’action de tous. Des actions pour la défense des retraites, la Sécurité Sociale ou contre la loi travail récemment nécessitent cette unité d’action.

Mais dans notre milieu, céder à l’unité pour l’unité relève d’une volonté incantatoire et l’on a pu constater à quels déboires ont conduit certains appels ou alliances hâtives, basés sur des mots d’ordre ou principes bien vagues finalement. Sans compter la maladie infantile du militant qui désire toujours tirer la couverture à lui ou vers son organisation.

Pour aboutir à « l’unité libertaire », on assisterait à des concessions, accommodées de réticences, où chacun mettrait de l’eau dans son vin. Le résultat de ces marchandages ou plutôt compromis  nous donneraient au final un breuvage frelaté rejeté par le plus grand nombre. Ces alliances sont condamnées à l’éclatement et ces idylliques unions sont promises au divorce. L’unité éphémère avant le morcellement à nouveau.

La seule unité envisageable est celle de l’action ponctuelle, le temps d’une campagne. Il ne s’agit pas d’une équivoque mais d’une unité relative, un contrat libre entre hommes et femmes libres et conscients. Ce contrat placerait de même chaque groupe ou organisation dans une position de coopérants disposant de la même place pour diffuser ses idées, de la même liberté à se faire entendre et connaître. Est-ce réalisable sur ces bases ? Rien n’est moins sûr.

En attendant une évolution des mentalités et pratiques dans notre mouvement libertaire, continuons chacun à notre niveau à propager nos idées sur la base de nos invariants et fondamentaux mais aussi en réactualisant nos pratiques dans le cadre des luttes dans lesquelles nous sommes investis. Les libertaires finalement disposent de nombreux outils pour cela et de beaux jours devant eux.

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