La Révolte au Havre

Anonimous

Quand il y a 130 ans au Havre, les chômeurs prenaient d’assaut les boulangeries pour manger et que la seule réponse apportée par les pouvoirs publics était déjà la répression…

La Révolte Dimanche 30 mai 1886

 LE HAVRE

Le Havre a bien changé ? – Pardon, – les ministres Locroy, Granet et leur suite ont bien mangé. Les travailleurs doivent être contents – bien qu’ils aient le ventre creux – pour eux pas de place au banquet à bord de la Champagne, qu’ils ont pourtant construite. Hélas ! Faut-il donc que la ruse, l’intrigue et l’ambition arrivent à jeter tant de poudre aux yeux de ceux qui, produisant tout, ne jouissent de rien !

Dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 courant, il y a eu, dans notre ville de réaction opportuniste par excellence, plusieurs affiches de placardées invitant les ouvriers sans travail – et il n’en manque pas ici malgré les affirmations des écrivassiers de la localité qui osent écrire dans leurs canards que la crise est finie – à se rendre le 21 courant, à huit heures du soir, sur la place de la Bourse – palais de l’agiot – afin de prendre des mesures énergiques en faveur des sans-travail.

Bien que la police eût enlevé ces affiches afin d’éviter une indigestion aux ministres, les meurt-de-faim ont répondu avec empressement à cet appel de meeting en plein air.

Quel contraste ? D’un côté ripaille à la suite de la réception des ministres ; de l’autre, misère et arrestations à la suite de ce meeting.

A la suite du meeting, il y a eu des meurt-de-faim qui sont allés devant des boulangeries pour avoir du pain ; il en est une qui a refusé d’en donner. Quelques travailleurs sont entrés par la force malgré la police, en lançant des pierres sur les agents et les gendarmes. Il y a eu plusieurs arrestations, entre autres celle d’un père de famille de quatre enfants. Que vont devenir les pauvres petits êtres à la suite de ces monstrueuses arrestations ? Les compagnons du Havre ont formé un comité de secours. Malheureusement nos ressources sont minimes.

Les arrestations continuent. Nous vous tiendrons au courant.

Partager cet article