Retraites: les consultations entre « partenaires sociaux » relèvent de la pure forme

Revalorisons les pensions

Comment faire confiance en cette nouvelle « réforme » des retraites alors que les gouvernements précédents nous avaient promis que la leur était la dernière pour équilibrer les comptes. Devrions nous être amnésiques  ou devrions être naïfs au point de ne pas croire que dans quelques années le gouvernement futur nous emmènera à 67 ans sous couvert qu’en Europe plusieurs pays y sont déjà. Pourtant la diminution du temps de travail et la répartition égalitaire des richesses ne sont jamais abordées par le pouvoir en place, de gauche comme de droite. De l’argent, il y en a dans les poches du patronat et des actionnaires. Comme à l’accoutumée, l’augmentation des cotisations patronales et la taxation des revenus financiers sont les grands absents des solutions pour résoudre le financement des retraites.

De surcroît, le déficit annoncé diffère selon les économistes, notamment si l’on met en perspectives les milliards de cadeaux accordés aux patrons  à travers les exonérations de cotisations. Par ailleurs la réforme Touraine de 2014 (merci la gauche) augmente progressivement la durée de cotisation pour atteindre 43 ans pour les personnes nées en 1973 ou après. Sachant que les jeunes arrivent de plus en plus tard sur le marché du travail, avec 43 annuités de travail, les jeunes ne partiront pas avant 65 ans de toute façon. Tout cela n’est qu’hypocrisie. A notre avis derrière la réforme, ce sont les fonds de pensions qui se profilent. Les vautours ne sont jamais loin quand des milliards sont à engranger. Pourtant les marchés sont instables et les placements à long terme très aléatoires. Rien ne vaut le système par répartition dans le cadre du système actuel. En affaiblissant le régime général, l’État encourage de fait la capitalisation et tente de laisser le « marché des retraites » aux mains de fonds vautours. A aucun moment le patronat nous parle des gains de productivité sauf quand il s’agit de dégraisser les emplois pour rester compétitifs. Mais ce qu’il empoche n’est jamais redistribué, ou à la portion congrue.

Macron, la droite et l’extrême droite sont dans l’idéologie libérale pure. Ce qu’ils veulent abattre, c’est le régime de retraites par répartition, donc le principe de la solidarité collective sous-jacent. Ce qui se traduira par des riches qui opteront pour des assurances privés car ils en ont les moyens et des pauvres qui travailleront plus longtemps pour souvent une retraite de misère. Car n’importe quel système proposé suppose une totalité de trimestres pour obtenir une retraite au Smic. Les femmes seront une fois de plus pénalisées. Par ailleurs, le gouvernement entend renforcer sa domination sur la population. On le constate par ses communications anxiogènes : peur du Covid, peur de manquer d’électricité et de gaz durant l’hiver, guerre en Ukraine, peur de manquer de certains produits alimentaires…inflation à deux chiffres pour les produits disponibles…Pourtant, la masse des richesses produites par notre travail, est largement suffisante pour financer la protection sociale ! S’il y a une origine et une solution à trouver au déficit anticipé de quelques milliards, il faut plutôt regarder du côté des entreprises qui nous volent une partie de notre salaire (le brut) avec chaque année des dizaines de milliards d’exonérations de cotisations sociales qui manquent dans les caisses de la protection sociale…

 

Le capitalisme est en crise récurrente et l’Etat à son service veut faire payer aux travailleurs une crise dans laquelle ils n’ont aucune responsabilité. La logique du capitalisme, c’est de faire payer le plus grand nombre pour qu’une minorité s’en mette plein les poches. A ce jeu, le capitalisme conduit la société – et la planète – à sa perte.

Notre slogan : « Travaillez moins pour vivre mieux » est toujours d’actualité. A condition que nos rémunérations et pensions soient décentes.

L’horizon d’Edouard Philippe qui a en ligne de mire la prochaine présidentielle, c’est aussi  la baisse des pensions et l’allongement du temps de travail. Pas un pour rattraper l’autre. D’ailleurs le gouvernement Macron le dit clairement, pour sauver le système des pensions : « Le seul levier que nous avons, c’est de travailler plus longtemps ».

Quand on sait que plus d’un tiers des salariés ne sont déjà plus en activité au moment de faire valoir leurs droits à la retraite à 60 ans, on voit tout de suite l’incurie des politiciens à moins qu’ils ne cachent leur véritable but : octroyer des retraites misérables au plus grand nombre, en empêchant les travailleurs de parvenir à l’âge requis ou au bon nombre d’annuités. Pour redistribuer moins. Les salariés n’ayant d’autres choix que de se tourner vers des assurances complémentaires pour essayer d’avoir un complément de retraite pour vivre dignement plus tard.

Pour le patronat (et l’idéologie dominante), les gens ne sont utiles que tant qu’ils peuvent travailler et donc l’enrichir.

L’actuel système de retraites par répartition fut le fruit d’un compromis historique dû au rapport de force du mouvement social au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, bon nombre de patrons ayant été compromis dans la collaboration.

Pour les libertaires, c’est le capitalisme qu’il faut mettre à la retraite et il faut parallèlement proposer une autre alternative. Nous avons besoin d’un changement radical de société car le système actuel ,fait pour une élite, répercute sur les retraites de demain les inégalités de salaires d’aujourd’hui. Les « fonds de pension » qui pointent leur nez, confiés à une banque ou à une société d’assurances, seront utilisés pour spéculer sur les marchés financiers avec tous les aléas boursiers que l’on connaît. En cas de krach, ce sont les pensions qui s’effondrent. De plus, chacun est renvoyé à sa propre épargne, ce qui individualise et dilue les responsabilités et supprime la solidarité collective.

Les consultations entre « partenaires sociaux » relèvent de la pure forme car le gouvernement a déjà pris sa décision. Il bipasse les syndicats.

La population est victime du système à plusieurs niveaux. Les richesses produites par les travailleurs sont accaparées en grande partie par le capital (patrons, actionnaires…). Sur cette richesse accaparée, la partie prélevée par les cotisations sociales servant à financer les solidarités collectives (retraites, chômages…) diminue. Tandis qu’avec nos impôts et la dette publique, le gouvernement subventionne le patronat. Les salariés paient deux fois.

Dans l’immédiat, en attendant une socialisation des moyens de production, il faut augmenter les cotisations patronales proportionnellement au taux de profit. Il est légitime pour les salarié-e-s de récupérer la richesse qu’ils ont produite pour les retraites mais aussi pour les services publics.

Quand l’État tarit la source de financement des retraites et de la Sécurité sociale, il est tout de même hypocrite et cynique de paraître ensuite s’étonner du déficit qu’il a créé.

Face à un capitalisme rapace qui exploite, impose des cadences infernales, le harcèlement physique et moral, une dégradation des conditions de travail, des accidents du travail, des maladies professionnelles (notamment celles de l’amiante…),  dépressions et suicides (cf Telecom…), et plus généralement la souffrance sur le lieu de travail (personnels de santé, de l’éducation…). les retraites ne peuvent être différées.

Construisons une logique radicalement inverse pour une société libertaire, égalitaire, écologiste et autogestionnaire. Pour :

-Une retraite à taux plein à 60 ans pour tous-tes et 55 ans dans les métiers à forte pénibilité.

-Pas de pensions inférieures au SMIC.

-Arrêt des exonérations de cotisations sociales au bénéfice des entreprises.

-Maintien d’un système de protection sociale solidaire et gestion directe des caisses par les travailleurs eux-mêmes.

-Abolition de toutes les formes de capitalisation (fonds de pension, « plan d’épargne salariale volontaire »…) qui gangrènent déjà le système actuel.

- Egalisation et revalorisation des retraites.

- Financement des retraites en annulant les exonérations et en augmentant les cotisations sociales du patronat.

- Une égalité économique et sociale.

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