Retour sur les luttes contre la loi El Khomri

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Retour sur les luttes contre la loi El Khomri

Le mouvement social du printemps 2016 s’est inscrit dans la durée, plus de trois mois, sous une gauche dite socialiste. Des centaines de milliers de travailleurs se sont mobilisés notamment dans le secteur privé pour dire non au système capitaliste et en l’occurrence à la loi travail organisant la régression sociale dans les entreprises. Même si la mobilisation fut minoritaire quoique significative, force est de constater que les mouvements sociaux précédents de 1995, 2003, 2006 et 2010 avaient réussi à organiser des manifestations d’envergure. Le fait que les syndicats courroies de transmission du PS, comme l’Unsa et la CFDT, aient freiné des quatre fers et ont même dénoncé l’irresponsabilité de la CGT, n’y est peut-être pas pour rien. C’est plus facile pour le PS d’être dans l’opposition et de récupérer les mobilisations, l’appareil socialiste sait très bien le faire.

Le pouvoir socialiste n’a cédé en pas grand-chose sur son projet de loi et a lâché ses chiens de garde contre les manifestants, notamment les jeunes afin de les tétaniser, ce qui a en partie réussi.

Mobilisation minoritaire car les blocages n’ont pas réellement eu le temps de montrer leur efficacité pour bloquer l’économie, minoritaires furent aussi les assemblées de lutte représentant une minorité activiste dans la minorité de personnes mobilisées.

Si les luttes précédentes dans le cadre de la défense des retraites concernaient tous les salariés, cette fois les syndicats n’ont pas réussi à mobiliser les salariés de la Fonction publique, notamment les enseignants souvent pourvoyeurs de troupes dans les manifestations. Ces derniers ne se sont pas senti concernés de prime abord par une loi touchant essentiellement les entreprises du secteur privé. Les jeunes contrairement à la lutte contre le CPE ont mobilisé a minima. Le secteur rural, les villes de moyenne importance ont quasiment été absente de toute mobilisation à quelques exceptions près.

Peu de grandes villes ont réussi des blocages d’ampleur qui relevaient d’ailleurs davantage du symbolique. A noter la ville du Havre qui s’est distinguée par une mobilisation exemplaire et des blocages organisés par les grévistes eux-mêmes. Il faut dire que le puissant syndicat des dockers était de la partie, en rangs serrés.

Le phénomène « Nuit Debout » a surtout eu un écho médiatique à Paris avec des rassemblements et des initiatives fort intéressantes Place de la République. A voir comment les ateliers mis en place vont se traduire ultérieurement. Nous connaissons la propension des politiciens à la récupération mais peut-être aurons-nous de belles surprises.

La démocratie en tant que telle semble décriée et en panne. Le gouvernement n’a plus aucune légitimité de représentation des Français. Les citoyens n’ont plus aucune confiance dans les gouvernants et les décisions prises par ceux qui ont le pouvoir sont de plus en plus contestées.

Si le constat d’une crise de la démocratie dite représentative fait consensus, les alternatives pour changer la donne font dans le ripolinage habituel. Mis à part les anarchistes qui contestent le système électoral depuis son instauration comme outil d’émancipation, peu d’intellectuels ou de militants analysent les fondements de cette démocratie qui n’est finalement qu’un système permettant aux élites en place de se maintenir pour le plus grand profit du patronat et des actionnaires.

L’Etat, grand gardien et garant du capitalisme, vient de nous rappeler que par la violence de sa police et de sa justice il est au service des puissants de ce monde. La fonction primaire de l’armée et de la police est de réprimer au service du capital et de l’Etat.

Le désir du Medef est de faire ramper le mouvement syndical combatif afin d’asseoir partout son autorité d’où sa hargne contre les bastions cégétistes qui refusent de se laisser mettre à genoux. Gataz aimerait être le Tatcher français ; on voit depuis la défaite des mineurs anglais, des dockers de Liverpool…comment le mouvement des Trade-unions n’est plus que l’ombre de lui-même servant juste d’appoint aux visées électoralistes des partisans du Labour.

Le résultat des luttes récentes est à double optique. Ou l’on considère que nos luttes prolongées sont le gage d’un autre futur et d’envies de luttes collectives pour envisager les prémices d’un projet de société égalitaire ou nous serons aspirés par la spirale électoraliste qui pourrait se trouver à nouveau crédibiliser du fait de la montée de l’extrême droite, ce qui serait un comble dans l’état actuel de la crise du régime représentatif.

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