La police tue ?

Pétain

17 octobre 1961

Le massacre du 17 octobre 1961 est un mensonge d’Etat selon l’historien Emmanuel Blanchard.

Ce 17 octobre, le FLN appelle à manifester pacifiquement à Paris contre le couvre-feu qui leur est imposé depuis le 5 octobre. Une répression inouïe s’abat sur les Algériens qui sont descendus dans la rue : « 12000 « Français musulmans d’Algérie » sont raflés, des dizaines d’entre eux sont passés à tabac à coups de crosse et de gourdin, certains sont même tués par balle, avant d’être jetés dans la Seine. » (Journal Le Monde du 16 octobre 2021). Le bilan de cette violence policière est établi par les historiens à « au moins 120 tués » au cœur de Paris. Mais l’Etat écrira sa propre vérité pour masquer ce massacre du 17 octobre. On ne peut faire l’impasse sur un passé récent et indécent. On ne peut non faire l’impasse sur le rôle de la police de la base au sommet sous la houlette de Maurice Papon, bien connu pour avoir servi Vichy et envoyé des centaines de Juifs en déportation. Il a permis l’arrestation et la déportation de 1 560 juifs de Bordeaux entre 1942 et 1944. La plupart d’entre eux seront exterminés dès leur arrivée. Il en faut du temps pour que de hauts fonctionnaires paient pour leurs crimes et soient condamnés.

Occultation, falsification, mensonge… tout a été fait pour légitimer l’action de la préfecture de police de l’époque pour ce crime d’Etat d’octobre 1961. Mais tôt ou tard, la vérité se fait jour. Déjà, des militants comme Einaudi et Rajsfus avaient publié dans « Les silences de la police » en 2001, un petit livre relatant le rôle de la police dans la rafle des Juifs du 16 juillet 1942 et le massacre du 17 octobre 1961.L’institution policière n’en sort pas grandie.

Voyons ce qu’ Einaudi, pionnier et chercheur de l’ombre, pourfendeur de la « Raison d’Etat », écrit :

« Du haut des ponts de Paris et de la banlieue, des Algériens sont précipités dans la Seine et noyés. C’est notamment le cas au pont Saint-Michel, à quelques dizaines de mètres de la préfecture de police et du Palais de Justice. Les policiers et gendarmes qui commettent ces crimes agissent avec la certitude de l’impunité. Dans la cour même de la préfecture de police, les Algériens, entassés, subissent de froides violences. Des policiers passent des cordes autour des cous de leurs victimes et serrent jusqu’à ce qu’elles perdent connaissance. Dans la nuit, un véritable massacre se déroule dans la cour de la préfecture de police, faisant plusieurs dizaines de victimes.

Au Palais des Sports, puis au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, les Algériens raflés, souvent déjà blessés, sont systématiquement victimes de « comités d’accueil ». A l’intérieur de ces lieux, les violences se poursuivent, des prisonniers sont torturés. Des hommes vont ainsi mourir jusqu’à la fin de la semaine. Des scènes semblables se déroulent au stade de Coubertin.

Dans la nuit du 17 octobre, la préfecture de Police donne une version mensongère des événements : « Des coups de feu ont été tirés contre les membres du service d’ordre qui ont riposté. A 22 heures, on dénombre deux morts et plusieurs blessés algériens. » Il n’y a aucun policier blessé par balle.

Les rafles, violences, noyades se poursuivront les jours suivants. Durant des semaines, on découvrira des cadavres non identifiés et l’on retrouvera des corps au fil de l’eau. Le résultat de ce massacre peut être évalué à au moins deux cents morts.

Tout sera mis en œuvre, par le préfet de police, le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, le Premier ministre, Michel Debré, et le Président de la République, Charles de Gaulle, pour que l’ampleur de ce crime soit dissimulée.[…]

Parmi les milliers d’Algériens emmenés au Parc des Expositions de la Porte de Versailles, des dizaines ont été tués à coups de crosse et de manche de pioche par enfoncement du crâne, éclatement de la rate ou du foie, brisure des membres. Leurs corps furent piétinés sous le regard bienveillant de M. Paris, contrôleur général. […]

A l’une des extrémités du Pont de Neuilly, des groupes de gardiens de la paix, à l’autre des CRS, opéraient lentement leur jonction. Tous les Algériens pris dans cet immense piège étaient assomés et précipités systématiquement dans la Seine. Il y en eut une bonne centaine à subir ce traitement. […]

La petite cour, dite d’isolement, qui sépare la caserne de la Cité de l’hôtel préfectoral était transformée en un véritable charnier. Les tortionnaires jetèrent des dizaines de leurs victimes dans la Seine qui coule à quelques mètres pour les soustraire à l’examen des médecins légistes. Non sans les avoir délestées, au préalable, de leur montre et de leur argent.

M. Papon, préfet de police, et M. Legay, directeur général de la police municipale, assistaient à ces horribles scènes. Dans la grande cour du 19-Août plus d’un millier d’Algériens était l’objet d’un matraquage intense que la nuit rendait encore plus sanglant. »

Les libertaires ne le rediront jamais assez. Les policiers sont moulés dans le respect de la hiérarchie et l’obéissance aveugle. Ils sont au service de l’Etat et appliquent à la lettre ses directives. S’il faut rafler les Juifs quand ils sont sollicités par l’occupant, ils y vont et souvent avec zèle. S’il faut cogner sur les Algériens en 1961 à la demande des autorités préfectorales, les flics s’en donnent à coeur joie pour une bonne partie d’entre eux. Aujourd’hui, s’il faut réprimer les manifestations de gilets jaunes, contrôler au faciès…les policiers dans l’ensemble obéissent. Rajfus pensait que c’était un problème de formation et que la police de Vichy, hormis quelques têtes trop visibles et compromises, était globalement restée en place à la Libération. C’est certainement vrai mais l’obéissance, la hiérarchie, l’esprit de corps…sont hier comme aujourd’hui responsables des violences policières et des pratiques discriminatoires vis-à-vis de populations issues de l’immigration. Est-ce un hasard si selon divers sondages, plus de la moitié des policiers d’aujourd’hui ont des sympathies électorales pour l’extrême droite ? La police, garante de l’ordre étatique se reconnaît dans l’ordre et en redemande. L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre mais nos deux types d’ordre entre la police et nous sont antinomiques.

Goulago (GLJD)

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