Petit récit du colloque Artistes en Europe à la Sorbonne le 30/11/2019

Mujeres libres

Eros contre Thanatos ?

Petit récit du colloque Artistes en Europe à la Sorbonne le 30/11/2019

Une jeune poétesse nous livre l’intimité de son inspiration artistique, son désir de vie issu d’une fréquentation poétique de la mort. Elle nous raconte ainsi sa façon de vivre la perpétuation d’un fondement intemporel de la création.

D’autres intervenants se succèdent, dressent un inventaire international de la progression du rouleau compresseur qui écrase toute volonté de création ne faisant pas allégeance à la règle du profit.

Certains évoquent un C’était mieux avant et une perte de créativité de la jeunesse ; un jeune et très créatif musicien dit tout simplement que non ; Je réponds comme je peux aux questions du modérateur.

Pourtant déjà, dès le premier quart d’heure, une double interrogation fondamentale était implicitement exposée :

Faut-il choisir à tout prix la vie, la liberté, et laisser les ploutocrates et leurs courtisans mener leur œuvre destructrice ?

Ou

Faut-il choisir de perdre tout ou partie de sa vie à résister et combattre ?

Nombre d’artistes, immergés totalement dans leur art, ont perdu la vie d’avoir simplement affirmé leur liberté de créer. L’histoire nous enseigne que cette liberté, comme toutes les autres, n’est jamais définitivement acquise, et doit sans cesse être testée.

Mais

Nombre d’artistes militants, au crépuscule de la vie, regrettent de ne pas avoir consacré ce temps militant à tenter de créer concrètement et collectivement des micro sociétés alternatives.

Parce que la violence des pouvoirs m’est insupportable, ma capacité à créer est atteinte, je dois lutter.

Parce que jouer et composer fait partie de mes nécessités vitales, je dois continuer mon travail d’artiste.

De Macron, je jette tout et ne retiens que cet en même temps imposé, insupportable, qui me contraint à combattre les agissements mortifères pour retrouver ma liberté.

Déjà pendant les trente glorieuses, alors que le capitalisme savait encore rendre attractif le ruissellement des profits, certains – et surtout certaines – finissaient par estimer que le rend’ment rend dément, 6/8 exécuté prestissimo con dolore huit heures par jour constituait un prix à payer au consumérisme bourgeois bien trop élevé.

Aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain, la règle du profit, loi édictée sans l’assentiment des peuples, vérité révélée et commandement unique du terrorisme économico-financier, sonne la fin de l’embourgeoisement et du petit confort obtenu de haute lutte par celles et ceux qui créent les richesses.

 

Les artistes, majoritairement absents des mobilisations sociales non spécifiques à la culture bien qu’ils aient toujours bénéficié d’une forte solidarité de tous les secteurs de la société, voient leur avenir se boucher.

Le fascisme a cessé de ramper, et avance fièrement sur le tapis rouge que leur déroulent les pouvoirs successifs.

Les capitaux circulent librement en toute opacité pour mieux appauvrir les peuples.

Les migrants se heurtent aux frontières et se noient.

Face à cette violence, faute d’une action forte, il n’y aura bientôt plus le choix qu’entre lâcheté et violence.

Il est temps pour les artistes de se réveiller. Se replonger dans les écrits des années trente permet de vérifier que, si la société a évolué, la fabrication de l’ostracisme et de la haine répond toujours aux mêmes mécanismes. Il est urgent de relire Nationalisme et Culture de Rudolf Rocker.

Il est temps pour les artistes de sortir de leur corporatisme aristocratique, et de relire Karel Čapek :

La culture n’est pas une section ou un fragment de la vie ; elle est la somme de sa vie, et son centre

Il est temps pour les artistes radicaux dans leur pratique artistique d’expérimenter le prolongement de la radicalité au cœur du corps social, maintenant.

Jean-Paul Buisson (L.H)

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