Pédagogie

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L’Ecole et l’enfant, par J. DEWEY. Traduction L.S.

 

J. DEWEY, professeur à l’université Columbia, à New-York, est peu connu en France. Jusqu’alors on n’avait, de lui, en langue française, qu’une partie d’un de ses ouvrages donnée par l’Education de juin 1909, sous le titre « l’Ecole et le Progrès social ». La nouvelle traduction que je signale ici est donc la bienvenue. Elle comprend quatre articles. Le premier est une étude pénétrante sur « l’intérêt et l’effort dans leurs rapports avec l’éducation de la volonté ». Les trois autres :

l’Enfant et les Programmes d’étude ; Le But de l’Histoire dans l’Instruction primaire ; et Morale et Education, se rapportent trop directement à nos préoccupations pour que je n’invite pas vivement à les lire.

« Il importe de considérer les travaux de menuiserie, de forge, de tissage, de couture et d’instruction ménagère, non pas comme des études distinctes, mais comme des méthodes de vie… en un mot, comme des facteurs permettant à l’école elle-même de revêtir une forme authentique de la vie communautaire active au lieu de la laisser devenir un endroit isolé du milieu social, où l’on se borne à apprendre des leçons » (l’Education, 1909).

Certes, le professeur américain ne poursuit pas le même but que nous. Ses opinions, ses expériences n’en ont pour nous que plus d’intérêt. Si Dewey en Amérique, Kerschensteiner à Munich montrent par leurs écrits, par leurs essais que l’enseignement basé sur le travail manuel est éducatif, qu’il est possible de faire vivre une école dans laquelle le travail manuel remplacera la « culture désintéressée », si en honneur chez nous, que pourra-t-on nous objecter, à nous, syndicalistes, qui voulons faire de la « production » le moyen et le but de l’école élémentaire ?

L’Ecole primaire veut former des citoyens. Mais, dit Dewey, « l’enfant… aura la responsabilité de nourrir et d’élever des descendants qui assureront la continuité de la race. Il sera un travailleur engagé dans une occupation servant à maintenir la vie sociale et qui assurera son indépendance et sa dignité ». Comment nos humanités au rabais atteindraient-elles un pareil but ? Si nous voulons l’école vivante, si nous voulons qu’elle soit « comme une société reflétant et reproduisant sous une forme typique les principes fondamentaux de la vie sociale », il faut faire « surtout construire et produire, au lieu de faire avant tout absorber et apprendre »,

« Une étude, dit encore très bien J. Dewey, n’a de valeur que si elle permet à un élève de comprendre mieux son milieu social. » Notre école fait tout son possible, au contraire, pour que le milieu social reste inconnu à l’enfant.

Retenons enfin ceci : « l’enseignement manuel fait plus que développer la main ; il fait plus qu’exercer l’esprit ; quand il est donné par un vrai maître il développe sans effort, naturellement, le sens social ». Rapprochons de cette opinion celle de G. Sorel, Le Devenir Social (avril 1896) : « Une éducation scientifique vraiment complète ne peut être donnée que dans l’atelier où se fait un travail réel dans les rapports de la production réelle ». Et nous, syndicalistes, continuons à chercher les moyens de créer cette école-atelier de l’avenir.

L’ouvrage débute par une étude de M. Claparède sur la pédagogie de M. John Dewey qui renseignera sur celui-ci. J’invite en outre nos camarades à lire dans le numéro de juin 1909 de l’Education, l’article sur l’école et le progrès social. – M. DUBOIS.

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