Louis Hobey, Directeur d’école, libertaire et anarcho-syndicaliste en Seine-Inférieure (Seine-Maritime)

Patriarcat

A l’intention ses syndicalistes révolutionnaires

Etre révolutionnaire, c’est non seulement sentir la classe ouvrière, faire corps avec elle, mais encore connaître ses besoins, ses aspirations, son histoire, ses luttes, ses défaites, ses redressements insoupçonnés, et avoir une claire vision de son rôle dans l’état social de demain.

Etre révolutionnaire, c’est encore accomplir parfaitement son métier ou sa tâche, avec une conscience professionnelle au-dessus de tout éloge : dans la révolution, il n’est pas de place pour les fainéants.

Etre révolutionnaire, c’est avoir une vie d’homme privé ou d’homme public irréprochable, ceci simplement et gravement à la fois pour servir d’exemple.

Etre révolutionnaire, c’est penser à un plan de remplacement de la Société actuelle, basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, sur l’injustice et l’oppression, par une autre Société où tous les besoins de l’homme et toutes ses libertés seront assurés. Mais surtout, être révolutionnaire, c’est travailler sans relâche à la réalisation pratique de cette révolution dont il faut définir les buts et les moyens. L’humanité pourrait être arbitrairement divisée en deux : les producteurs d’un côté, les consommateurs de l’autre. Division fausse, car les producteurs sont également des consommateurs. Il n’empêche qu’une organisation rationnelle devra comprendre un plan de production et un plan de consommation, ou, si l’on veut, un plan de répartition. […]

Mais il ne faut pas oublier que l’essentiel de notre tâche de militants consiste à éduquer le peuple, la masse. Eduquer : ex ducere, conduire en dehors de soi-même : permettre à l’être de se rendre compte de toutes les possibilités extérieures, assurer ainsi sa richesse en connaissances, et, par là même, amener la confrontation de ses pensées et de ses actes. […]

Nous sommes comme tous les autres, de chair, de sang, de cellules nerveuses aux réactions extrêmement diverses. Nous venons au monde avec tout cela, sans que notre comportement futur soit assuré, avec aussi, peut-être, bien qu’il soit nié par certains savants, un « acquis » antérieur, une hérédité dont il faudra, s’il est mauvais nous libérer plus tard et avec quelle peine !

Pourtant, peut-être par l’instinct (dispositions de l’individu), sans doute davantage par l’instruction, la confrontation des thèses économiques et sociales, par nos études psychologiques, tout cela mis en ordre et contrôlé par la raison, nous sommes devenus des révolutionnaires. Bien que coudoyant chaque jour la masse moutonnière –l’homme est un animal sociable-, et étant les témoins de son conformisme, nous avons gravi le chemin abrupt, hérissé de difficultés semblant insurmontables qui mène à la plate-forme d’action que nous avons choisie.[…]

Le conformisme a toujours été et reste la plus invisible des forces réactionnaires, ou, si l’on veut, contre-révolutionnaires, le plus sûr soutien de ce qui constitue : Etat, Capitalisme, Argent, Armée, Magistrature, Eglise , etc., l’armature détestée de la société vouée par nous à la disparition.

Il ne saurait être question d’amodiation, de composition, de tractation entre la Révolution et le conformisme. Au conformisme, nous réserverons tous nos coups. Nous veillerons surtout à nous en débarrasser complètement nous-mêmes. Là sera sans doute le plus difficile de notre tâche.

Louis Hobey (1954)

 

Après la grande boucherie de 1914-1918 sur laquelle il écrira ses souvenirs dans La Guerre ? C’est ça !, « En janvier 1919, Louis Hobey retrouve le foyer familial et un poste d’instituteur à Petit-Quevilly (banlieue de Rouen). En 1932, il deviendra directeur de l’école à deux classes de Bezancourt, près de Gournay. Entouré d’autres militants, il applique dans son enseignement les méthodes pédagogiques de Célestin Freinet. Il est parallèlement trésorier du Syndicat des Membres de l’Enseignement Laïc de Seine-Inférieure et c’est dans la lutte syndicale, la propagande pacifiste et antifasciste que se dérouleront pour lui les années de l’entre-deux-guerres. Libre-penseur, il organise notamment des conférences avec André Lorulot, Félicien Challaye, Maurice Dommanget, Robert Jospin, etc. Mobilisé un court temps en 1939-1940, il se retirera ensuite dans le midi où il vivra ses dernières années entre le Gard et la Drôme ; toujours actif il publiera plusieurs brochures de tendance anarcho-syndicaliste. En 1975, dans un mémoire sur le syndicalisme en Seine-Inférieure qui donne une belle place à Hobey, Annie Delaunay écrira : « Libertaire, il demeura toute sa vie fidèle à ses conceptions syndicalistes révolutionnaires ». www.pleinchant.fr/livresplus2/voixdenbas/Hobey.html

 

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