le libertaire de décembre 2019

Les élus d'abord

Pourquoi je suis anarchiste

Parce que l’anarchisme n’est pas simplement un autre courant politique, social et culturel. L’anarchisme est le seul mouvement qui a la capacité de s’adapter au rythme de la nature. Il est fluide, dynamique, harmonique et n’a aucune résistance aux changements, mouvements et transformations incessants.

L’être humain a tendance à tout piéger  pour sa meilleure compréhension, mais la nature ne peut pas être piégée, ni l’anarchisme. Paradoxalement, cette idéologie est souvent accusée d’encourager le chaos, le désordre, mais ceux qui prononcent ces accusations ont des mentalités rigides, inflexibles et statiques, qui s’inquiètent si quelque chose sort de leurs marges ou s’avère peu fiable. Ils sont statiques, oui et ils défendent l’État.

Ce n’est pas par hasard que les deux mots, État et statique, proviennent de la même racine, qui désigne précisément cela, le rigide, qui s’oppose à la dynamique naturelle. Et lorsqu’ils manifestent des idéaux qui cherchent à briser cet étatisme (dans les deux sens), dont le mouvement est si continu qu’il ne permet pas de limites, ce qui favorise finalement la liberté, les esprits rigides et étroits pointent, accusent, vilipendent. Ils disent que nous sommes le chaos, quand le chaos est l’incompréhensible. Ils disent que nous cherchons à déstabiliser, alors que seul le rigide peut revendiquer la stabilité. Ils disent implicitement que la liberté à laquelle nous aspirons est effrayante. Mais non seulement l’État représente ce désir de l’être humain de tout soumettre à des limites, ce sont aussi les institutions qui recourent à la contrainte, c’est aussi l’institution bancaire, l’institution policière, l’institution religieuse, voire les établissements d’enseignement. Aussi les règles qui en découlent; les normes, les règles, les lois, les commandements, qui sont destinés à résister à l’épreuve du temps et à préserver leur validité afin de maintenir la paix qu’ils prêchent. Et ils cherchent à nous dire ce qu’est l’ordre sans préciser que cet ordre profite toujours au pouvoir. Seul le statique, j’insiste, peut vouloir un ordre pour éviter le chaos, pour ne pas s’effondrer. La nature n’a ni ordre ni désordre, c’est un flux continu, chaotique parce qu’elle ne se laisse pas prendre, c’est l’harmonie qui sous-tend, qui est cachée, et que l’anarchisme vise à émaner.

Et quand je parle de la nature, je ne veux pas dire ce qui est communément compris par la nature (plantes, animaux, environnement naturel, etc.). Quand je parle de la nature, je veux dire la réalité sans ingérence humaine. Je me réfère à l’harmonie de tout, ou comme l’un des parents de l’anarchisme, Michel Bakounine, le définirait dans ses considérations philosophiques:

«Tout ce qui est, les êtres qui constituent l’articulation indéfinie de l’univers, toutes choses existant dans le monde, quelle que soit leur nature particulière, tant du point de vue de la qualité que de la quantité, plus différents et les plus semblables, grands ou petits, proches ou immensément éloignés, exercent nécessairement et inconsciemment, que ce soit par des moyens immédiats et directs, par transmission indirecte, une action et une réaction perpétuelles; et toute cette quantité infinie d’actions et de réactions particulières, combinées en un mouvement général et unique, produit et constitue ce que nous appelons la vie, la solidarité et la causalité universelle, la nature.

C’est pourquoi vous ne devriez pas lire le concept de Nature (ni aucun terme utilisé ici) avec un fardeau profondément métaphysique ou, si vous voulez, spirituel. Tout ce qui est mentionné est montré sur le plan matériel.

Bref, que cherche un anarchiste, renoncer à toute prétention à l’ordre? Non, au contraire, on cherche à déconstruire l’idée d’ordre, à la casser, à l’affaiblir, pour comprendre plus tard le sens de l’ensemble, de la réalité. Il y a des institutions ordonnantes comme le langage, dont le but n’est rien d’autre que de couper les phénomènes qui nous sont présentés pour les appréhender et les rendre tangibles, auxquels nous ne pouvons pas échapper mais nous pouvons le déconstruire. Nous ne pouvons pas, comme je l’ai dit, renoncer au langage, mais nous pouvons jouer avec lui, effacer ses limites, l’utiliser comme nous en avons besoin et nous en passer à d’autres moments. Le fait est que lorsque nous voyons enfin que l’ordre n’est pas naturel mais qu’il est normal tant qu’il a été normalisé par le pouvoir pour son propre bénéfice, nous réalisons à ce moment tout ce que l’anarchisme a à nous apprendre.

Il n’est pas capricieux de chercher à abolir l’État, à abolir l’institution religieuse, les lois telles que nous les connaissons, l’institution éducative (qui n’est pas synonyme d’éducation), l’institution policière. Il répond plutôt à la recherche de cette harmonie qui sous-tend la liberté de l’être humain à ne faire qu’un avec le Tout. Il répond également à la nécessité de trouver un point où nous pouvons vivre en paix avec la nature et entre nous. Parce que l’anarchisme, en bref, n’est pas le chaos et la destruction, ni l’ordre qui profite au pouvoir. L’anarchisme est l’incompréhensible du chaos et l’harmonique de l’ordre. C’est le mouvement des sujets libres, et là tout le monde est le bienvenu.

Fedro

le Libertaire Décembre 2019