L’Etat a été renforcé à travers cinq mécanismes fondamentaux

Dolmen

Dans ce contexte de réduction des sources d’énergie fossiles et des matériaux disponibles, de l’effondrement du capitalisme mondial et de la montée des conflits pour le contrôle des ressources que nous avons décrits, l’État ne pourra pas rester sans changements forts. Nous pensons que le modèle d’État-nation qui a émergé dans la phase fossile du capitalisme, du moins dans les régions centrales, disparaîtra. Cela n’implique pas la disparition de l’État, bien que dans certains endroits de la planète, cela puisse être le cas.

La principale faiblesse de l’état fossile est qu’il est trop complexe pour se maintenir dans un environnement de déclin de l’énergie disponible. Comme nous l’avons vu, les organisations sociopolitiques dominantes complexes (qui sont de gros consommateurs d’énergie et de ressources) finissent par rencontrer des problèmes croissants simplement pour préserver le statu quo, et des investissements plus importants dans le maintien de la complexité entraînent des coûts croissants et ingérables. C’est la loi des rendements décroissants appliquée aux structures institutionnelles.

L’Etat a été renforcé à travers cinq mécanismes fondamentaux : 1) la bureaucratisation ; 2) la stabilisation et l’augmentation des revenus ; 3) monopolisation de la force ; 4) création de légitimité ; 5) l’homogénéisation culturelle de la population. Tous régresseront en raison de la moindre disponibilité d’énergie et de la simplification sociale qui en résulte (par exemple, la bureaucratie aura moins de ressources disponibles). Ainsi, l’Etat sera absent ou moins présent dans de nombreuses zones du territoire. Il n’y aura pas un seul déclencheur pour la crise de l’État, mais plusieurs qui useront les structures jusqu’à ce qu’elles deviennent insoutenables.

Les gouvernements auront des budgets de plus en plus précaires. Les revenus seront réduits (moins de cotisations sociales dues à l’augmentation du chômage et des salaires plus bas, plus de difficultés de recouvrement auprès des entreprises, boom de l’économie submergée), les dépenses augmenteront (sauvetage d’entreprises et de banques, allocations de chômage, augmentation des factures d’énergie, guerres pour les ressources , gestion des catastrophes climatiques et migrations), il y aura des postes importants difficiles à couper (entretien des infrastructures, paiement de la dette) et la capacité de financement diminuera, du moins pour les États « les moins fiables ». Ceci dans un contexte où de nombreux pays sont déjà dans des positions très vulnérables avec des niveaux d’endettement très élevés. Comme nous l’avons dit, les « classes moyennes » ont été un élément clé du développement de l’État capitaliste (et ont à leur tour été créées par lui) : en pratiquant une consommation massive, elles ont soutenu la croissance ; et en votant pour des partis « du centre », ils ont garanti la stabilité politique. Mais ils sont destinés à rétrécir beaucoup. Les principales caractéristiques des « classes moyennes » sont un degré raisonnable de sécurité financière (sans être rentier), et une sécurité physique et psychologique. Ces éléments vont s’effondrer du fait de leur baisse de pouvoir d’achat (baisse des salaires, chômage, moins d’accès aux produits de base, hausse des taxes) ; en raison du fait que l’emploi stable a cédé la place à l’emploi précaire, dans lequel il n’est pas non plus clair de savoir comment prospérer ; et par la réduction des services sociaux. Oui, l’« état d’exception » dont souffre depuis toujours la population appauvrie se répandra dans tout le corps social. Ce processus s’accentuera au fur et à mesure que la population qui bénéficie encore de conditions de travail relativement bonnes et qui est fondamentale dans le soutien du système, par le biais des familles, prendra sa retraite…

 

Fragment de « Dans la spirale de l’énergie » (Ramón Fernández Durán et Luis González Reyes, 2014)

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