Les anarchistes sont-ils d’éternels optimistes ou de doux naïfs ?

Monsieur Goéland

Les anarchistes sont-ils d’éternels optimistes ou de doux naïfs ?

A constater ce qu’il se passe dans le monde, nous serions tentés de dire que nous sommes loin d’être dans le meilleur des mondes. Les marchands d’armes font des profits faramineux alors que la planète est une véritable poudrière. Potentiels conflits militaires entre la Chine et les Etats-Unis, entre la Chine et l’Inde, entre la Russie et l’Ukraine…sans compter les guerres bien réelles, celles-là, notamment en Ethiopie, au Sahel, au Burkina…. La France avait été pointée du doigt pour ses ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, elle l’est encore aujourd’hui pour ses ventes d’armes à l’Egypte. Et l’avenir nous réservera très certainement quelques surprises peu ragoûtantes. Gabegie d’argent pour des dépenses à forts taux de profit et pendant ce temps des millions d’individus crèvent de faim : Madagascar, Yemen et de nombreux pays en Afrique ou en Asie…mais la misère se trouve aussi dans nos quartiers, dans nos rues. Pas besoin de changer de continent. Et le changement climatique va accentuer le phénomène. En deux siècles, le capitalisme a saccagé notre rapport à la nature en la dégradant à la vitesse grand V. La crise écologique : destructions de forêts, plantations industrielles orchestrées par des multinationales, nappes phréatiques dégradées, destruction de la biodiversité (disparitions d’espèces, habitats détruits, utilisation massive de pesticides, usage immodéré du plastique qui pollue les océans…). Sans parler du nucléaire où nous laisserons aux générations futures nos déchets radioactifs. Parallèlement, des enfants ne sont pas scolarisés et travaillent dans les mines, les usines textiles…de pays peu regardant au niveau des droits de l’enfant…pour assouvir une soif insatiable de juteux profits pour une minorité de personnes sans scrupules. Ces personnes n’ont aucune éthique et alimentent un système amoral aux antipodes de ce que les humanistes libertaires souhaitent.

Bien sûr, déjà à l’époque néolithique, les sociétés étaient hiérarchisées et une petite élite dominait. Cela n’a pas beaucoup changé dans le fond. Aujourd’hui cependant, c’est la quête du profit maximal qui est le moteur de l’activité économique avec une économie de puissants actionnaires, financiers…qui tirent les ficelles d’entreprises transnationales. A cela, s’ajoute la volonté antagoniste des Etats qui concourent chacun à la recherche d’une puissance plus importante. La France s’est construite sur l’annexion de petits pays dès le début du règne des Capétiens (Normandie, Bretagne…jusqu’à la Savoie en 1860). L’Europe évoluera dans le même sens et suivra la même trajectoire d’absorption petit à petit des pays européens, sur un temps plus ou moins long. Les Etats-Unis d’Europe verront le jour. L’Etat français a toujours récupéré les alternatives sociales (dispensaires syndicaux du début du XXème siècle par exemple) pour se présenter aujourd’hui comme social, protecteur des plus faibles, défendant la sécurité des biens et des personnes…Mais ne soyons pas dupes, l’Etat se renforce au fur et à mesure de nos renoncements. Il se renforce encore davantage aujourd’hui avec la crise sanitaire où nous sommes convoqués à chaque prise de paroles d’un ministre de la santé ou du président de la République.

Les guerres, la crise écologique, l’exploitation des travailleurs en général et des enfants en particulier…sont les conséquences de la logique capitaliste à la recherche de profits les plus importants possibles. Logique appuyée par les Etats qui jouent leurs partitions.

Alors, oui, il en faut du courage de se battre contre ce système. Toute une vie ne sera pas suffisant, nous le savons. Mais comme le disait Jean-Pierre Jacquinot du Groupe Libertaire Jules Durand (GLJD), si nous ne bougeons pas et ne faisons rien, la situation se dégradera et sera pire. CQFD. Alors, non, les anarchistes ne sont pas de doux rêveurs, nous connaissons la tâche qui nous attend et le poids de la tradition, de la servitude volontaire (cf La Boétie), de la manipulation des élites au travers des medias et les puissances économiques, les religions, les Etats…Nous savons aussi que de temps en temps, le système vacille lors de grands conflits sociaux (obtention de congés payés en 1936…) et qu’à défaut d’une Révolution que nous souhaitons, avec le moins de violence possible, nous nous contenterons d’évolutions constructives et positives pour notre classe. Evolution/Révolution, merci Reclus.

Goulago (GLJD)

Partager cet article