Laïcité et religion

A bas toutes les religions

Laïcité et religion

Plusieurs philosophes  ont revendiqué la liberté de penser en dehors de la religion tel Montaigne qui indiquait qu’il fallait « apprendre à penser de manière laïque, ceci signifiant recourir aux sciences humaines et non à la théologie » ou bien Spinoza qui affirmait que « la connaissance révélée ne porte que sur l’obéissance ».

Concernant l’individu, l’esprit des Lumières et la Révolution de 1789 apportent une position diamétralement opposée à celle de la royauté et de l’église. Le droit divin s’estompe devant l’être humain qui prend la première place dans la société. Cela théoriquement puisque la Bourgeoisie, une fois au pouvoir, s’attribuera toutes les prérogatives dues à sa nouvelle place reléguant ultérieurement ses anciens alliés du Tiers Etat au rang de serfs salariés. Mais les mentalités changent et le politique tend à se dissocier du religieux qu’il faut combattre et reléguer à sa juste place, celle de la sphère privée.

Pour lutter efficacement contre la religion, Bakounine dans Dieu et l’Etat pense qu’il faut s’attaquer à la racine de la croyance religieuse : « Tant que nous ne saurons pas nous rendre compte de la manière dont l’idée d’un monde surnaturel et divin s’est produite et a pu fatalement se produire dans le développement historique de la conscience humaine, nous aurons beau être scientifiquement convaincus de l’absurdité de cette idée, nous ne parviendrons jamais à la détruire dans l’opinion de la majorité, parce que nous ne saurons jamais l’attaquer dans les profondeurs mêmes de l’être humain où elle a pris naissance. Condamnés à une stérilité sans issue et sans fin, nous devrons toujours nous contenter de la combattre seulement à la surface, dans ses innombrables manifestations, dont l’absurdité, à peine abattue par les coups du bon sens, renaîtra aussitôt sous une forme nouvelle et non moins insensée. Tant que la racine de toutes les absurdités, qui tourmentent le monde, ne sera pas détruite, la croyance en Dieu restera intacte et ne manquera jamais de pousser des rejetons nouveaux. »

Les progrès scientifiques entachent la crédibilité de la religion. La création de l’école publique apporte instruction et transmet les valeurs de la bourgeoisie dont certaines sont morales.

Les tenants du matérialisme condamnent le mythe de l’égalité dans une société régie par la religion car dans ce cadre il ne peut y avoir que soumission à Dieu et à ceux parlent et prêchent en son nom. Avec la religion, l’individu se dissout dans la foi et l’obéissance.

La laïcité est alors mise en place par l’Etat. Elle implique que toutes les convictions peuvent coexister dans l’espace public et rend ce principe universel prônant l’intégration pacifique de toutes les différences. Telle qu’elle s’exprime dans l’article 2 de la loi de 1905, elle traite à égalité croyants et non croyants, athées, agnostiques, chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes…tous.

Pour autant, les religions sont prosélytes et entendent reprendre ou prendre la place qu’elles estiment être la leur. La laïcité hérisse le poil et irrite ceux conçoivent leur affirmation identitaire comme légitime. Certains sont prêts même à avoir recours à la violence pour démontrer la supériorité de leur croyance et cela vaut pour toutes les religions. Les religieux ont tendance à pratiquer le jeu de la pelote de laine. On tire sur un bout et on essaie d’aller jusqu’à son maximum et si possible dérouler le tout. Ainsi tout compromis passé entre une autorité religieuse et les institutions étatiques peuvent être considérées comme une étape vers d’autres demandes. D’où la vigilance qui doit prévaloir quand on a affaire à des représentants religieux ou leurs adeptes.

Jusqu’à présent, en France, nous avons une égalité théorique entre membres de notre société et l’espace public appartient à toutes et tous. Du moins quand des lois d’exception n’y font pas obstacle comme celle de l’état d’urgence.

Si l’on désire continuer à vivre libre, il nous faut repousser tous les systèmes liberticides. Rien ne doit être au-dessus de notre liberté individuelle. On a vu, de par un passé pas si lointain, des régimes fascistes avec une adhésion de masse (8 millions d’adhérents au parti nazi avec Hitler), affirmer que le pouvoir devait être fort avec pour corollaire que certains individus étaient nés pour commander et d’autres, le plus grand nombre, pour obéir. De même les intégrismes religieux fonctionnent sur un  schéma semblable de pouvoir : l’individu n’a que peu de valeur face au divin et sa seule liberté reste l’obéissance et la conversion.

Nous autres athées libertaires, nous nous méfions donc et combattons tous les autoritarismes autoproclamés afin de défendre nos libertés fondamentales d’êtres humains.

Laissons à Michel Bakounine le soin de nous donner son analyse quant à la contradiction des religieux : « Cette contradiction est celle-ci : ils veulent Dieu et ils veulent l’humanité. Ils s’obstinent à mettre ensemble deux termes qui, une fois séparés, ne peuvent plus se rencontrer que pour s’autodétruire. Ils disent d’une seule haleine : Dieu et la liberté de l’homme, Dieu et la dignité, la justice, l’égalité, la fraternité, la prospérité des hommes, – sans se soucier de la logique fatale, en vertu de laquelle, si Dieu existe, il est nécessairement le maître éternel, suprême, absolu, et si ce maître existe, l’homme est esclave ; or s’il est esclave, il n’y a ni justice, ni égalité, ni fraternité, ni prospérité possible. Ils auront beau, contrairement au bon sens et à toutes les expériences de l’histoire, se représenter leur Dieu animé du plus tendre amour pour la liberté humaine : un maître quoiqu’il fasse et quelque libéral qu’il veuille se montrer, n’en reste pas moins toujours un maître. Son existence implique nécessairement l’esclavage de tout ce qui se trouve au-dessous de lui. Donc si Dieu existait, il n’y aurait pour lui qu’un seul moyen de servir la liberté humaine ; ce serait de cesser d’exister. Amoureux et jaloux de la liberté humaine et la considérant comme la liberté absolue de tout ce que nous adorons et respectons dans l’humanité, je retourne la phrase de Voltaire, et je dis que, si Dieu existait, il faudrait l’abolir. »

 

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