L’abandon des enfants au XIXème siècle…

Révolte

L’abandon des enfants au 19ème siècle…

  

Le tour d’abandon

             Vers 1800, plusieurs villes mettent en place des tours d’abandon. Il s’agit d’un guichet tournant installé dans la façade des hospices.

Ce dispositif permet aux parents de déposer leur enfant dans l’anonymat et en toute sécurité. Ils laissent parfois dans les langes des nouveau-nés des signes de reconnaissance gardant l’espoir de leur identification, voire d’une future restitution,

Le décret impérial du 19 Janvier 1811 officialise l’usage du Tour de l’abandon.

A Paris, ce dispositif ne semble avoir fonctionné qu’une cinquantaine d’années (entre 1810 et 1860).

 

 

Le collier

             Une fois que l’admission de l’enfant a été prononcée, il est immatriculé dans un registre n°1 intitulé « journal ou main courante » qui comprend tous les enfants sans distinction de sexe, d’âge ou de catégorie, admis à l’assistance publique.

Les registres 2, 2bis, 2ter sont applicables aux enfants trouvés, abandonnés ou orphelins.

Au moment même où il est procédé à l’inscription du pupille sur ces « livres matricules » on lui passe au cou un collier rivé supportant une médaille qui reproduit le numéro de registre. Ce collier qui ne doit pas être enlevé avant la septième année, a pour but d’assumer l’identité de l’enfant et d’empêcher toute tentative de substitution… En France, depuis le commencement du 19ème siècle, l’administration a varié plusieurs fois sur le système à adopter. On a expérimenté des boucles d’oreilles, mais le collier rivé au moyen d’une petite presse a prévalu. En cas de rupture fortuite, le procès-verbal et le signalement de l’enfant sont consignés au livret.

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Dès 1757, un arrêté ordonne l’envoi des enfants en sevrage dans les provinces jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans, C’est alors que se met en place une véritable industrie, celle des meneurs et des meneuses. Ce statut existe déjà depuis longtemps, puisqu’il procure des servantes et des bonnes aux maisons parisiennes, Ils vont maintenant se charger de conduire à Paris les nourrices de province,

Il se constitue de véritables réseaux organisés d’informateurs (curés, accoucheuses, anciennes nourrices) afin de repérer les futures nourrices, et de convoyer les femmes pressenties jusqu’à l’hôpital des enfants trouvés en vue de leur embauche. Si elles ne peuvent se déplacer, les meneurs conduisent l’enfant, ou plutôt les enfants chez les nourrices. Bien souvent d’ailleurs, ils sous-traitent cette tâche à des femmes : les commissionnaires,

Les voyages se font dans des conditions épouvantables : les nourrissons sont entassés dans  des charrettes ou dans des « paniers ouverts », sorte de boîtes matelassées portées sur le dos et pouvant contenir 3 à 4 nouveau-nés debout dans leurs langes. Le meneur ne s’arrête que pour prendre ses repas, et faire sucer un peu de lait aux enfants à l’aide d’un torchon trempé. Certains leur donnent du vin au lieu du lait… Quand il ouvre sa boîte, le meneur trouve parfois un nouveau-né mort… Mais impatient de se débarrasser de ce fardeau, il achève le voyage avec les deux ou trois autres…

L’industrie des meneurs s’organise et devient une véritable entreprise de transport et de placement des nourrissons… On emporte de pleines carriolées tout au long des chemins chez les nourrices.

 

Le meneur ou la commissionnaire ne pouvant passer chez toutes nourrices, celles-ci viennent des villages, même assez éloignés, chercher des nourrissons les jours de tournées.

Les personnes qui se chargent des pupilles sont souvent les plus pauvres  et les plus misérables. Etre nourrice de ces enfants est  l’assurance d’un travail pour les femmes de la région. Pour augmenter la rétribution que leur verse l’hôpital, elles prennent autant d’enfants qu’on veut leur en donner.

Le nourrisson placé, c’est le meneur qui assure la liaison entre l’hôpital et la famille nourricière.

Il sert d’agent payeur des gages et des vêtures destinées aux enfants, Eventuellement il se charge du retour à l’hôpital des effets et de l’acte de décès d’un nourrisson mort à la campagne.

Très vite, meneurs et commissionnaires se créent des revenus clandestins. Ils gardent l’argent des nourrices, et les rétribuent en denrées diverses, ou retiennent les versements qu’ils placent ou prêtent pour empocher les intérêts. Ils font même le trafic des vêtements alloués aux enfants et avec la complicité de certaines nourrices, continuent de percevoir des sommes allouées à l’entretien d’enfants décédés.

Sur les registres de catholicité, on trouve un grand nombre d’inhumations d’enfants du bureau de Paris : une dizaine chaque mois, 90, voire 95% des enfants trouvés meurent dans les premiers mois de leur vie.

Au Vieux-Rouen, moins important à l’époque qu’aujourd’hui, de 1700 à 1800 on en enterre près de 500 (394 au Vieux-Rouen même et 102 au hameau de Bouafles ).

A côté de ces bâtards parisiens, il y avait les bâtards locaux, ceux qu’on déposait aux portes des hospices créés par la Grande Mademoiselle ( Blangy, Eu, Criel, etc,,, ) ; Pour Blangy 15 ou 20 par an.

La Révolution et L’Empire promulguèrent de nombreuses lois les concernant, mais n’améliorant pas leur sort, au contraire.

Au temps du roi Louis-Philippe, de nombreux enfants provenant des bureaux de Paris, Rouen ou tout simplement Neufchâtel sont envoyés en nourrice dans la région, porteurs du fameux collier scellé autour du cou où figurent leur numéro, l’année de leur dépôt, la désignation de l’hospice d’origine.

 

Informations collectées dans le livre de L. Lallemand, « Histoire des enfants abandonnés ou délaissés ».

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