L’ Affaire Durand dans la presse des Chambres syndicales de Marseille

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Leçon de Choses

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            Il y a justice et justice comme il y a fagots et fagots ; cela tout le monde le sait et la classe ouvrière est plus particulièrement bien placée pour s’en apercevoir. Mais la différence par trop flagrante qui, depuis quelque temps, existe dans les décisions dites de justice, soit qu’elles doivent atteindre l’une ou l’autre classe de la société, soulève le dégoût de tous les hommes de cœur.

            Cette différence est très compréhensible pour tous ceux qui réfléchissent un peu, car point n’est besoin de trop se fatiguer les méninges pour connaître les motifs qui font agir la classe possédante, laquelle veut à tout prix conserver sa situation.

Elle l’a assez démontré et tous les jours nous sommes contraints de constater qu’elle est décidée à ne reculer devant aucun moyen.

Les moyens pour museler la classe ouvrière seront d’autant plus révoltants que celle-ci se montrera exigeante.

Ce qui le prouve, c’est que, il y a quelques années encore, les travailleurs avaient un goût assez prononcé pour la politique ; ils se faisaient assez souvent casser la figure pour permettre aux fruits secs de la bourgeoisie de se hisser au pouvoir.

Mais depuis quelques temps la classe ouvrière s’est un peu ressaisie ; c’est vers l’organisation syndicale qu’elle dirige ses efforts.

Il ne serait que temps que les exploités comprennent que ce n’est que par l’organisation syndicale qu’ils pourront obtenir une amélioration à leur situation et atteindre le but poursuivi, qui est la transformation intégrale de la société actuelle en une société où par le travail chacun aura le nécessaire à son existence.

C’est vers ce but que doivent converger tous nos efforts. Quoiqu’il y ait encore un trop grand nombre d’inconscients, la masse des travailleurs s’organise de jour en jour plus sérieusement ; il est à prévoir que, bientôt, elle fera table rase de cette grande bastille vermoulue et puante qu’elles la société capitaliste.

Cette perspective ne sourit certainement pas à Messieurs les bourgeois ; ce n’est pas étonnant, alors, qu’ils aient recours à tous les moyens pour retarder la date de l’échéance fatale.

Au nombre des moyens qu’ils croient très efficaces, se trouvent en première ligne l’arrestation et la condamnation à jet continu des militants syndicalistes ; qu’ils escomptent ainsi semer le découragement dans nos rangs, ils se trompent aussi grossièrement que ce qu’ils sont crapules.

Ces condamnations arbitraires sont au contraire un stimulant, quand surtout les travailleurs voient tous les jours que si la main de dame Thémis est trop souvent lourde sur les parias, elle est toujours légère pour les jouisseurs et que, souvent, dans son affolement et la peur du flot de révolte qui monte, elle commet des canailleries comme la condamnation de Durand.

Tout cela prouve que nous sommes à un tournant critique de l’histoire ; que, plus que jamais, nous devons nous sentir les coudes dans nos organisations syndicales.

 

A. GIRARD

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