Histoires méconnues de l’Ukraine

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Nestor Ivanovitch Mikhnienko est né le 27 octobre 1889 à Gouliaï-Polie sur le Gaitchour, dans la province d’Ekaterinoslav, en Ukraine méridionale, selon Malcom Menzies  ( ou né le 26 octobre 1888 à Houliaïpole (oblast de Zaporijia) selon Wikipédia).

Face aux armées blanches, aux nationalistes ukrainiens, Nestor Makhno et ses compagnons organisent un mouvement de résistance armée. Cet élan révolutionnaire est brisé en mars 1918 par la signature du traité de Brest-Litovsk qui cède l’Ukraine à l’Allemagne et à l’Autriche en échange de la paix.

En 1919, les groupes de guérilla se transforment en une véritable armée, l’armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne (dite « Makhnovchtchina »), qui compte selon les sources de 25 000  jusqu’à 50 000 hommes. Pour combattre les Armées blanches, Makhno  s’allie à l’Armée rouge qui se retourne finalement contre lui en 1920. L’armée rouge de Trotsky combat Makhno en Ukraine et ce fait est significatif et  prémonitoire de la révolte des marins de Kronstad contre le pouvoir bolchevique, et écrasés en mars 1921.

La Makhnovchtchina demeure toujours inconnue du grand public. Pourtant, Makhno, Voline et de nombreux anarchistes ont déclenché un mouvement révolutionnaire autonome dans les masses paysannes de l’Ukraine méridionale, concrétisé par le rêve libertaire d’une société dégagée de toute autorité politique.

En août 1921, vaincu, Makhno, traqué, fuit la Russie. Expulsé de plusieurs pays européens, il s’installe finalement à Paris en 1925, où il travaille comme ouvrier chez Renault, à Boulogne-Billancourt…

Staline et les bolcheviks décriront Makhno comme un alcoolique, un antisémite, un bandit…bref, tout ce qui permet de porter atteinte à l’intégrité d’un homme. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. La rhétorique bolchevik dans toute sa splendeur.

Mais il est une autre page oubliée de l’histoire contemporaine ; celle où Staline ordonna que toutes les exploitations d’Ukraine fussent collectivisées en 1929. Il désirait avant tout briser les fermiers ukrainiens, rebelles à l’autorité et attachés à leur terre. La terreur stalinienne fit main basse sur la campagne : confiscation des terres, meurtres pour l’exemple, vexations…Dans le grenier à blé de l’Europe, les Ukrainiens meurent de faim. La famine orchestrée par Staline comme arme politique occasionna de 4 à 7 millions de morts, selon les sources. Un véritable holocauste en 1933; une tragédie passée sous silence.

Fin août 1983, le journal Le Monde titre un de ses articles, « Le génocide par la faim » : « Singulière famine que celle qui ravageait l’Ukraine, le grenier de l’Europe, voilà tout juste cinquante ans. Ni sécheresse ni guerre, une bonne récolte de surcroît cette année 1933. Mais quatre à cinq millions d’Ukrainiens, ces Beaucerons soviétiques, succomberont à la recherche d’un quignon de pain. Rendons justice au hasard : il est innocent de ce qu’il convient d’appeler un supplice collectif par la faim visant à casser la vitalité de trente-deux millions d’hommes. Eminemment politique, « Ce grand massacre » (Soljénitsyne) décidé au Kremlin est bien un génocide. Troisième du nom en ce début du XXème siècle, il attend toujours une reconnaissance. »

Les personnes qui étaient prises à grappiller quelques épis se retrouvaient en prison ou plus simplement fusillées. Des scènes d’anthropophagie furent relevées. Si les ouvrages soviétiques admettent de nos jours qu’en 1932, plus d’un million d’Ukrainiens ont été déportés, ils n’insistent pas sur la législation de famine promulguée la même année. « En application de celle-ci, la récolte céréalière est réquisitionnée, et toute personne surprise à garder du blé ou à ramasser des épis devient passible de la peine capitale. Aussi, quand en 1933 Moscou exige des livraisons supérieures à l’année précédente, les semences disparaissent à leur tour, et les équilibres essentiels se désagrègent. Aux disettes, succède l’inexorable famine. » (Guillaume Malaurie)

Miron Dolot a écrit un livre « Les Affamés » en 1985 (traduction française en 1986). Il y décrit un village au jour le jour, étranglé, asséché comme le fut l’Ukraine tout entière. Les Occidentaux ont fait la sourde oreille et peu de gens n’ont reconnu l’ampleur de ce génocide. Il faut dire qu’à l’époque, de nombreux intellectuels français, ainsi que la plupart des militants communistes soutenaient Staline et son socialisme réel. Les dirigeants communistes ont toujours nié la famine de 1933, les militants emboîtant le pas des cadres du parti.

Si depuis, le totalitarisme et les crimes staliniens ont été découverts et dénoncés, la paresse intellectuelle a continué à ne pas retenir l’attention du génocide ukrainien. De surcroît, l’antisémitisme avéré de certains politiciens ukrainiens a conduit à faire porter l’opprobre collectif sur tout un peuple. Mais les libertaires ne croient pas au péché originel et le fait qu’aujourd’hui, en 2022, le président de l’Ukraine soit d’origine juive démontre que l’histoire peut ne pas bégayer…

Ce petit article est dédié à Poutine qui comme ses prédécesseurs falsifie l’histoire et ment éhontément.

Patoche (GLJD)

 

 

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