Grève de la métallurgie au Havre

Grève métallurgie Le Havre

Ce petit livre bien documenté décrit avec précision la longue grève de 110 jours menée par les métallurgistes du Havre, du 19 juin au 9 octobre 1922. Elle avait pour revendication principale le refus d’une baisse de salaires de 10% décidée par des patrons qui venaient pourtant de s’enrichir de manière éhontée du fait de la guerre et de l’achat à bon compte d’entreprises allemandes placées sous séquestre. Menée par un syndicat de la métallurgie du Havre rattaché à la jeune CGTU, encore dirigé par des militants syndicalistes révolutionnaires – les communistes sont encore minoritaires -, cette grève se heurte vite au bloc constitué par le Préfet et le Comité des Forges. Le refus de négocier est immédiat et total de la part d’un patronat qui parie sur le pourrissement, le Préfet se chargeant de réprimer et d’interdire les manifestations. Une charge de gendarmes à cheval devant la mythique Salle Franklin, le 26 août 1922, causa la mort de 3 manifestants de 18, 21 et 22 ans, un 4e mourra de ses blessures quelques jours plus tard. A cette férocité du patronat et de l’Etat répondra la solidarité – grève générale au Havre le 25 août – et l’inventivité ouvrière. Ne pouvant plus se réunir dans la Salle Franklin – siège traditionnel de la Bourse du Travail puis des syndicats jusqu’à aujourd’hui – fermée après le 26 août, les métallos tinrent leurs réunions dans la Forêt de Montgeon, au « trou des métallos », arène de verdure pouvant accueillir jusqu’à 20.000 personnes, aujourd’hui transformée en Parc municipal. Face à la popularité de la grève, le maire radical-socialiste et franc-maçon, Léon Meyer, n’a pu que se solidariser, la municipalité accordant la gratuité de la cantine aux enfants des grévistes (et donnant du lait pour les moins de 4 ans)… des grévistes qui organisèrent dès le début des vacances scolaires l’exode de leurs enfants dans d’autres familles ouvrières de Rouen et de Quevilly notamment. C’est d’ailleurs la perspective de la rentrée des classes qui décida le Comité de grève à arrêter le mouvement. Entre temps, certains entrepreneurs avaient durci encore leur position, Schneider, qui logeait ses ouvriers, menaçant de les expulser s’ils continuaient leur grève, et décidant de n’ouvrir les portes de son école d’apprentissage qu’aux enfants des ouvriers ayant repris le travail. Cette intransigeance des patrons de la métallurgie n’est pas spécifique à la région du Havre – ni bien sûr aux années 1920 – Elle est le fait d’un puissant secteur du patronat, aujourd’hui l’Union des Industries Métallurgiques et Minières (UIMM) animé par un véritable esprit de caste et d’intransigeance. Comme l’explique l’historien Jean Garrigues dans son utile Les Patrons et la politique. 150 ans de liaisons dangereuses récemment réédité (Perrin, 2011, 1ère édition en 2002), dans les années 1920, c’est plutôt dans le secteur de l’Electricité qu’émergèrent quelques patrons novateurs comme Ernest Mercier (p.123).

Salles Jean-Paul

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