Gilets jaunes : ni manipulation patronale ni récupération politicienne

Révolution

Gilets jaunes : ni manipulation patronale ni récupération politicienne

De nombreux conducteurs mettent un gilet jaune, bien en évidence, dans leur voiture. Un certain ras-le-bol d’être taxé point : hausse de la CSG, hausse des tarifs du gaz, de plusieurs produits alimentaires…alors que les salaires sont bloqués. Alors un mouvement dans un premier temps spontané se met en place. Puis arrive la récupération politicienne, de droite comme de gauche. Extrême droite aussi. Et parfois des communistes libertaires entendent y aller. Quelques sociologues nous parlent d’une jacquerie automobile. Que nenni ! Les jacqueries étaient d’essence populaire alors qu’aujourd’hui la révolte est interclassiste. Si des travailleurs ont été à l’initiative du mouvement, très vite une petite bourgeoisie s’est incrustée dans le paysage revendicatif. Et quand différentes classes sociales se fédèrent, c’est pas bon pour l’ouvrier. Le petit patron, le commerçant, le taxi, les routiers…voient le bénéfice qu’ils peuvent tirer du mécontentement actuel dû à la hausse des carburants. Ces gens sont organisés et disposent de moyens pour tirer les tracts, les affiches… comme les politiciens d’ailleurs qui n’hésiteront pas à prendre la parole. L’éloquence leur est si familière. Le prolétaire, lui, n’a que sa bonne volonté, sa bonne foi mais il se fera plumé par la volaille patronale ou politicarde. S’il est vrai que pour beaucoup de Français, l’utilisation de la voiture n’est pas une option mais une obligation pour aller bosser ou effectuer des courses ou démarches, il n’en demeure pas moins vrai que la pollution fait des dégâts. Que le prix du gasoil soit équivalent au prix de l’essence, c’est une bonne chose, que le prix de l’essence flambe, c’est scandaleux. Le gouvernement n’est pas crédible quand il parle d’augmentation des prix à la pompe pour favoriser la transition écologique. Cela fait des années que l’automobiliste sert de vache à lait à l’Etat, y compris via les tarifs de l’essence.

Le paradoxe de notre société, c’est que d’un côté on vante l’esprit pavillonnaire, avec des petites maisons que l’on construit de plus en plus loin des villes et de l’autre, pour accéder à la propriété, on est obligé d’avoir un véhicule. En ville, même situation paradoxale : on tend à limiter les flux de voitures en centre-ville mais de l’autre, on ne favorise pas l’utilisation du vélo. Combien de maires font apposer au sol des bandes de peinture blanche pour délimiter de pseudo-pistes cyclables finalement dangereuses pour ceux et celles qui pratiquent le cyclisme. Combien d’élus revendiquent la gratuité des transports ? Sans compter que depuis plus de 20 ans, les acteurs politiques ont insisté sur le bas coût de l’utilisation des véhicules diesel. Le diesel a été favorisé et maintenant virage à 90° ! Le diesel doit être banni, il n’est plus viable. Changez vite de voiture…Pris entre les contraintes économiques, le coût des carburants pour les travailleurs qui se rendent au travail avec leur voiture et la pollution qui tue et fait des milliers de victimes tous les ans, il faut prendre des décisions.

Dans un premier temps, pour soulager le porte-monnaie des ouvriers, il faut imposer la prise en charge des frais de déplacement au travail, par l’employeur. Ce même employeur peut aussi participer à l’achat de vélos pour ses travailleurs. Il nous faut aussi imposer l’augmentation des salaires, des indemnités chômage et des retraites. Cette option a le mérite de faire reculer l’extrême droite qui se gave de la misère du peuple. Comme indiqué plus haut, on doit favoriser les transports en commun gratuits et propres. Imposer de même les revenus du capital issus du carburant car la hausse du prix du carburant s’explique aussi par la spéculation financière. De plus, de nombreux patrons chouinent contre certaines taxes mais celles-ci permettent les exonérations de cotisations sociales des entreprises, le CICE…C’est dire que les revendications des travailleurs et celles des patrons ne sont pas les mêmes. Ceux qui interviennent dans le sens du « on est tous dans la même galère », nos intérêts sont communs. Non, ce n’est pas vrai et les dindons de la farce seront les travailleurs. La petite bourgeoise utilise la masse des travailleurs pour assouvir ses désirs de payer moins mais de faire supporter l’essentiel des impôts, aux plus nombreux, les salariés. Alors, oui, il faut être en colère contre l’arrogant Macron. Se saisir d’un mouvement populaire mais pas pour servir de faire valoir au patronat ni pour servir de tremplin électoral à des politiciens peu scrupuleux. Les salariés peuvent se mobiliser par la grève, le blocage de l’économie en élaborant leurs propres revendications, en dehors de toute collaboration de classe. Nous n’oublions pas parallèlement la nécessaire lutte contre le réchauffement climatique. D’ailleurs, quel message envoient Macron et Edouard Philippe quand ils voyagent en avion aux frais de la princesse ? Le nôtre est clair : égalité économique et social. Autogestion des luttes, gestion directe des entreprises et des services. Défense de l’environnement.

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