Une espèce de communautarisme des rupins, un séparatisme climatique

Migrations

Le changement climatique s’emballe et les militants, toutes chapelles confondues, continuent à s’étriper joyeusement et s’inventent pour certains de nouveaux chevaux de bataille, le dernier en date étant le Syndicat des Femmes Musulmanes en France, le SFM.

Le réchauffement climatique engendre déjà des dégâts, nous l’avons vu cet été. A court terme, c’est le dégel du pergélisol des régions boréales, la fonte des glaciers, la mort des coraux tropicaux, la diminution de la forêt amazonienne, l’effondrement du courant océanique (AMOC)…qui risquent de nous entraîner dans une spirale infernale. Ce que les scientifiques appellent des points de bascule (tipping points). Suite à la pandémie, les mauvaises habitudes économiques ont repris le dessus. Le système capitaliste ne changera que si les travailleurs le changent. Pour l’instant, l’émission des gaz à effet de serre constitue le principal danger. Nous ne savons pas encore si les perturbations se feront sentir sur le long terme ou à plus court terme (submersion marine…). Ce dont on est sûr, c’est qu’il faut diminuer de manière drastique ces émissions et changer notre mode de consommation. A ce propos, les plus pauvres d’entre nous, ceux et celles qui prennent le bus, mangent moins de viande faute de moyens, ne partent pas en vacances…ont une empreinte carbone bien moindre que les riches. Si les militants n’ont jamais accepté les inégalités, il se pourrait que de plus en plus de gens, au vu de la crise climatique, refusent ces inégalités sociales, les plus riches étant montrés du doigt dans le saccage de la planète. Demander aux plus démunis de faire des efforts pour diminuer leur consommation d’énergie, pour rouler moins, pour moins consommer…ne passe plus quand on voit la gabegie à tous les étages des plus fortunés. La polémique sur les jets privés, le train de vie des footballeurs et la bêtise de Christophe Galtier du PSG, les actionnaires du CAC 40…tout cela commence à faire désordre et la consommation ostentatoire des plus riches fait enrager les travailleurs de la première ligne. De plus en plus de personnes comprennent que les riches favorisent de par leurs pratiques la destruction du climat et de l’environnement. Pourquoi, les riches, gros producteurs d’émission de carbone, auraient le droit de continuer alors que les Etats mettent à contribution et à la diète, la majorité, celle qui compte ses sous pour finir le mois. En réalité, c’est une espèce de communautarisme des rupins, un séparatisme climatique, tout comme il existe un séparatisme scolaire, un séparatisme de l’habitat…tout comme il existe un séparatisme religieux qui braque sur lui tous les projecteurs pour mieux cacher celui des classes bourgeoises.

Les anarchistes ne sont pas dupes et continueront à exiger l’égalité économique et sociale, l’égalité des sexes…dans le cadre d’une écologie sociale et libertaire. La répartition des richesses, la justice sociale, la répartition du temps de travail sont des concepts qui nous sont chers. Ils ne doivent pas passer à la trappe sous couvert d’impératifs quelconques décidés par une élite déconnectée du terrain. Les réels changements ne peuvent s’exercer que de la base au sommet et non l’inverse.

L’exemple des inondations récentes au Pakistan nous vient tout de suite à l’esprit quand on évoque le dérèglement climatique. Plus d’un millier de morts, des destructions massives d’infrastructures, des cultures sous les eaux qui engendreront des famines…et la religion est bien impuissante à régler les problèmes en ce bas monde.

Parallèlement le modèle conventionnel de production et de distribution nous rend malades, on le sait, attaquant par voie de conséquence le système de santé publique. Système de santé à l’agonie et il faudra bien un jour montrer du doigt les responsables successifs du délabrement actuel de l’hôpital. Les Chirac, les Sarkozy, les Hollande, les Marisol Touraine, les Macron…de gauche comme de droite et les en même temps. On sait maintenant qu’il y a une corrélation entre pollution et cancers du poumon. On sait aussi que la malbouffe est responsable de l’obésité et de certaines maladies. Donc la pollution, l’alimentation…peuvent contribuer à altérer notre santé.

Pour parler de consommation critique par exemple, il faut aussi souligner que le concept de durabilité -tourisme écologique, naturel, durable…- est en train d’être radicalement englouti par le cadre capitaliste et par les secteurs socio-économiques privilégiés, qui véhiculent des discours individuels de consommation, mais aussi soi-disant alternative de santé ou d’éducation. Tout cela soutenu par la multiplication de techniciens pérennes, ce qui rend difficile pour nous de discerner leurs priorités -celles des techniciens- et celles du groupe, à travers des organismes subventionnés qui sont vraisemblablement au service de la responsabilité productive globale. Nous avons un exemple clair et doublement frauduleux dans le cadre conceptuel du tourisme rural et durable stimulé par un discours universitaire, institutionnel ou patronal.

C’est pourquoi il serait utile de construire des réseaux d’information et de distribution solides, avec des outils logistiques performants et des prix justes, mais aussi avec un contrôle communiste libertaire de l’ensemble du processus de production et pas seulement des propriétés ou défauts du produit final ; cela nous oblige à rechercher une répartition de la dichotomie consommateur/producteur. Nous pourrions ainsi renforcer les liens de solidarité, de confluence humaine et syndicale dans nos localités, en comptant aussi sur une entreprise locale réflexive et qui intègre les discours des communautés concernées.

 

Oui, ils se promènent librement, dans nos villes et nos campagnes, les patrons agro-éleveurs exploiteurs, sous couvert d’écologie et parfois déguisés en syndicalistes progressistes, syndicalistes liés dans certains cas et démagogiquement à des réseaux internationaux qui luttent pour la « Souveraineté Alimentaire ». C’est pourquoi nos petits villages et coopératives rurales (celles qui ont une éthique) doivent être choyés à l’extrême, avec pour objectif fondamental la construction d’identités productives durables.

Il est clair que le modèle conventionnel de distribution -supermarchés, grandes surfaces de distribution, petits franchisés des villes…- auquel nous participons activement va à l’encontre de nos intérêts (même si le nutriscore est un petit plus) et nous rend malade ; des millions d’euros d’argent public étant injectés à travers la PAC, générant dans la société une vision trompeuse des prix de revient, inabordables pour les personnes qui tentent de travailler en lien avec leur environnement naturel et humain en dehors du circuit subventionné.

Il existe déjà des modèles avancés, comme celui de certaines AMAP dans lesquelles la recherche du dépassement de cette dichotomie producteur/consommateur est consolidée, en tenant également compte de ce qu’ils ont à dire des personnes qui mettent la main à la pâte  sur terre ou en mer, des personnes qui ne sont pas toujours écoutées pour intégrer les besoins que leurs difficultés exigent. En Espagne, il convient également de rappeler le modèle d’Agriculture Soutenue par la Communauté (Urgenci) ou la valorisation de ces Systèmes de Participation Communautaire (SPG) comme un exemple pratique de bon travail, intégrant dans le processus des outils aussi utiles en pédagogie que les cuisines communautaires (soins infirmiers maisons, écoles…) avec des projets éducatifs en eux-mêmes.

Nous devons créer des alternatives réelles dans les conditions de production et d’accès à la nourriture et aux biens nécessaires à la vie.

Dans un autre ordre, la sentimentalité immobile ou la nostalgie inactive du milieu rural et de ses bucoliques outils productifs d’antan, nous conduisent inexorablement au paternalisme de l’État subventionné, au clientélisme représentatif. Dans un autre registre, le dogmatisme dans lequel nous nous installons dans de nombreux cas nous permet de rester placidement dans l’inaction, mais facilite la mise en place de la structure néolibérale et la disparition de dizaines de projets naissants intéressants qui sont déjà répandus sur tout le territoire, projets qui manquent de soutien au quotidien : financement, logistique, accompagnement humain…

Nous devons favoriser des alternatives qui rendent palpables une proposition plus nécessaire que jamais dans un contexte où la souveraineté alimentaire et énergétique est quasi-inexistante, mettant gravement en danger la vie. Nous ne pouvons pas continuer à utiliser un modèle de production dans lequel nous utilisons la terre comme une matrice extractive, en lui arrachant tout ce dont nous avons besoin sans réfléchir aux dommages que nous causons dans nos achats et aux besoins superflus que nous générons.

Il faut arracher au pouvoir productif la couverture de nos besoins vitaux par la lutte « politique », mais aussi par des propositions logistiques et économiques. La responsabilité individuelle et collective doit nous conduire à abandonner progressivement les entités financières et les réseaux traditionnels de production et de commercialisation dans tous les domaines, car il existe déjà de réelles alternatives auxquelles nous avons notre mot à dire. Et auxquelles il faut participer.

Le secteur agroalimentaire devrait fonctionner comme un outil éducatif dans la consommation critique et transformatrice de premier ordre, en prenant soin chez les libertaires de ces noyaux militants ou syndicats des villes qui entreprennent un travail au service d’une consommation productive et durable modèle et, par conséquent, d’une société rurale respectueuse, diverse, libre et égalitaire.

Le changement climatique vient déjà bousculer les certitudes de certains. A nous de faire bouger les lignes. Nous constatons au travers de nombreux exemples que le problème de l’adaptabilité aux sécheresses, inondations, tornades…va bientôt être dépassé. En 2010, les inondations avaient provoqué au Pakistan le déplacement de trente-huit millions de personnes. Dans les années à venir, les migrations vont se faire de plus en plus pressantes. C’est là qu’une Association Internationale des Travailleurs nous serait bien utile. Elle nous aiderait à trouver des solutions pour l’entraide des peuples, pour que tous les citoyens du monde puissent trouver leur place sur notre planète bleue. Encore faut-il que les religieux ne désirent point nous assujettir à leurs dogmes. Une capacité à habiter la Terre ensemble, oui, mais pas à n’importe quel prix. Surtout pas au prix de notre liberté.

 

Ti Wi (GLJD)

 

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