Esclavage africain et mondialisation

Palais de Knossos

Esclavage africain et mondialisation

Diaboliser l’esclavage peut aussi être une façon détournée de renoncer à comprendre ce que fut cette « forme d’exploitation régressive » (car remontant à l’Antiquité) spécifique aux pays périphériques façonnés par le capitalisme européen. En effet, l’esclavage colonial aux Amériques est une des nombreuses conséquences des échanges internationaux qui s’accélèrent avec les Grandes Découvertes, elles-mêmes symboles du dynamisme économique occidental. Dans la nouvelle division du monde, les Amériques mais également l’Europe orientale deviennent des producteurs de matières premières à destination du centre de l’économie mondiale (tour à tour Gênes, Amsterdam puis Londres). Il est ainsi frappant de constater que l’esclavage massif des Africains dans le Nouveau Monde est quasiment contemporain du « second servage » en Europe de l’Est. Pour accroître les exportations destinées à l’Occident, les seigneurs de l’Est fixent dès le XVIème siècle les paysans à la terre, entravant leur liberté de circulation…C’est ainsi que la Russie n’abolira le servage qu’en 1861, quatre ans seulement après l’affranchissement des esclaves du sud des Etats-Unis.

Aux Amériques, l’esclavage n’est qu’une des solutions retenues pour mettre en valeur l’exploitation du sol et du sous-sol. Quand ils ne sont pas « génocidés », les Amérindiens sont massivement soumis au travail forcé. Comme les serfs de l’Europe de l’Est, on les attache à des terres : ce sont les systèmes d’encomienda dans les territoires espagnols et d’aldeamento au Brésil. Ailleurs on tente de faire venir des travailleurs (européens) sous contrat. Mais la formule se révèle vite coûteuse, ces semi-esclaves ayant tendance à marronner et à se fondre dans la population libre. L’option qui consiste à importer du Nègre ne tarde pas à s’imposer, notamment pour l’exploitation des grandes plantations, qui ont démarré en réduisant à l’esclavage la main d’œuvre indigène. Bientôt, c’est exclusivement sur les épaules de l’Africain que va reposer la production coloniale destinée à l’exportation. (Brésil- La mémoire perturbée- Maira- Ab irato 2004.)

De la part d’Erwan (Malestroit)

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