Elections présidentielles: une véritable forfaiture

La Raison

Le contexte électoraliste dans lequel nous sommes baignés quotidiennement par spots publicitaires, émissions de TV et radio, articles de journaux, interposés,  donne l’illusion d’être acteur des élections, en mettant son bulletin dans l’urne. C’est « faire son devoir de citoyen » et cela peut donner le sentiment d’agir mais en réalité, il n’en est rien. C’est de l’esbroufe.   Le corps électoral n’est là que pour donner une légitimité à un système bien huilé et une caution dite « démocratique » à ceux et celles qui se présentent et dont le vainqueur de la joute électorale sera le maître. Les électeurs, une fois les élections passées, retournent à leur statut  de spectateur et cela dure le temps décidé par le système (Quinquennat, septennat…) et les maîtres autoproclamés qui le font fonctionner à leur seul avantage. Monsieur Macron, l’actuel  Président, a été  élu par 18,19% des inscrits en avril 2017 au premier tour, celui des « convictions ». A peine le « quart » du corps électoral en suffrages exprimés et ce score serait sensé le légitimer à parler et agir au nom de l’ensemble ? Voilà ce que représente en réalité la démocratie élective ou représentative tant vantée ! De plus en plus de gens s’abstiennent volontairement. Non qu’ils se fichent de la politique mais bien parce que le jeu électoral est biaisé. Les candidats susceptibles d’accéder au second tour sont ceux ou celles qui ont le portefeuille le plus garni et la couverture médiatique la plus importante. La réalité de ce système, c’est en fait une désignation de candidats qui décideront de tout pour toutes et tous et qui déresponsabilise l’ensemble des individu-e-s. C’est de cela qu’elles et ils nous parlent à longueur de temps et d’antennes quand elles et ils nous vendent leur programme. Une véritable forfaiture car ce système et tous les systèmes qui renvoient les Femmes et les Hommes au rang de simple numéro – simple variable d’ajustement au sein d’un fonctionnement élitiste – ne sont  en fait que la piètre traduction de l’aliénation et de l’exploitation. La Domination d’une minorité sur la majorité devient un horizon indépassable.

Ce qui est déplorable aussi, c’est que les leaders syndicaux, ceux qui parlent au nom d’organisations « ouvrières »  ne font pas mieux que les politiciens en place, loin s’en faut. Les directions syndicales, au nom de la « responsabilité » et de la « morale » instillent de haut en bas des principes qui se veulent accommodants  avec l’agencement sociétaire inégalitaire… De nos jours, plus question de lutte des classes mais de « partenaires sociaux » et de « collaborateurs »… Malheureusement  depuis des décennies c’est à une perte de vigueur des luttes ouvrières  que ces méthodes nous ont conduits. La passivité a pris le pas sur la lutte. C’est la rançon de la délégation de pouvoir. Alors nous assistons à une précarisation croissante des emplois, un pouvoir d’achat qui s’amenuise, des retraites insuffisantes pour vivre décemment, des étudiants et les jeunes en général qui sont malmenés suite à la Covid 19… De surcroît, certains syndicalistes appellent à voter pour des candidats « de gauche ». A la CGT par exemple, des dirigeants, sans consulter leur base, appellent à voter Roussel, certainement en toute indépendance syndicale. Fidèle à ses convictions communistes, Bernard Thibaut, ancien secrétaire confédéral, appelle de même à voter pour le communiste Fabien Roussel. En souvenir des jours heureux, certainement. Pour terminer, nous considérons que l’électoralisme et la notion de démocratie telle que les ténors politiciens nous les vendent ne sont que les  piètres et illusoires reflets de la réalité.  Celui ou celle qui vote est intégré dans un système général et celui ou celle qui fait le choix de ne pas voter subit ce même système. Mais à coup sûr en dehors de la petite coterie des décideurs-nantis et gens de pouvoir- tous et toutes restent aliénés par ce système général.  Nous verrons Macron et ses petits marquis de la politique appeler à faire barrage à l’extrême-droite au deuxième tour…afin de faire passer ses réformes contraires aux intérêts des travailleurs et des chômeurs : retraite à 65 ans, RSA sous condition…Sacrées perspectives démocratiques. Cela s’apparente de plus en plus à du masochisme électoral. Qu’un patron vote Macron, c’est logique. Qu’un travailleur fasse de même, c’est couillon, voire irresponsable.

Pour les libertaires, la démocratie est tout sauf ce simulacre institutionnel.  La démocratie est « directe » dès lors qu’elle intéresse chaque individu et le renvoie à sa seule responsabilité en toute autonomie et en toute connaissance de cause. La démocratie directe ne s’abîme pas dans une gymnastique de chiffres et de « majorité » frelatée mais se veut le résultat d’une volonté à la fois individuelle et collective, décidée de manière souveraine. Elle s’appuie sur des décisions prises  à la suite de débats, d’échanges entre toutes et tous… L’abstention n’est nullement synonyme de je m’en foutisme; c’est le résultat d’une réflexion plus lointaine portée par l‘expérience et plus récemment par le mouvement des gilets jaunes. Alors que faire ?

La grève générale illimitée et expropriatrice est seule porteuse de démocratie directe, d’autonomie et de responsabilité de la classe des producteurs. C’est nous qui produisons, c’est nous qui décidons. Mais de cette grève générale là, Mélenchon, Roussel, Jadot et Hidalgo n’en veulent pas plus que tous les autres ! S’il est vrai que l’abstention est en hausse,  c’est probablement le début d’une prise de conscience, petite peut-être, mais bien réelle ! La prise de conscience de l’inanité des systèmes et  fonctionnements  dits  « démocratiques », lesquels ne sont en réalité que le théâtre des turpitudes politiciennes où les acteurs et actrices jouent leur propre partition pour leurs boutiques et leurs intérêts.

Dans la phase actuelle de déclin du capitalisme, ses limites et la barbarie qu’il annonce apparaissent clairement. La propagande du système est de plus en plus despotique et irrationnelle, optant pour des solutions savamment dosées et combinées les unes avec les autres dans le but de permettre aux marchands d’armes, au lobby du nucléaire, aux industriels de l’agro-alimentaire… de faire encore davantage de profits. Macron nous refait le coup du chantage à l’extrême droite qui finalement lui sert bien. Les formalités démocratiques ont été abandonnées durant la pandémie. Avec la guerre en Ukraine, une sorte de militarisme radical et obsessionnel apparaît, et se renforcera soit contre un ennemi externe (la Russie aujourd’hui, en raison de rivalités et dépendances commerciales et demain la Chine ?) soit interne (en raison de besoins anti-subversifs).

Les gouvernements ont toujours gouverné contre leurs propres peuples au profit de l’élite financière, industrielle et commerciale ; seulement maintenant, cela se fera de manière encore plus brutale, avec pratiquement  à peine un voile démocratique, ni aucune justification ultime du bien-être général. Ils  imposeront une économie de guerre, une gestion « efficace » des misères et des sacrifices pour lesquels il faudra chercher quelque ennemi ou bouc émissaire : les migrants, les subversifs de l’ordre établi, les anarchistes, les vieux et malades improductifs, les dictatures, tel ou tel État ennemi, la Russie, la Chine, les Pays arabes, Daech, les marginaux, les chômeurs et « autres fainéants », les LGBT, etc., etc. Une infantilisation sociale, culturelle et politique très forte sera favorisée, car la peur et l’ignorance sont des facteurs déterminants de la servitude volontaire à l’Etat.

Avec les libertaires, l’entraide, la solidarité, l’éthique et la simple survie collective deviendront les formidables armes de combat de l’Humanité contre un système économique obsolète, corrompu et par nature criminel, prédateur et apocalyptique.

Ce qui est en jeu, c’est la survie même de l’espèce humaine au regard de la crise climatique et de la folie meurtrière de ceux qui pourraient appuyer sur le bouton qui pourrait déclencher une guerre nucléaire. Alors socialisme libertaire ou barbarie. En attendant, abstention en France à la présidentielle d’avril 2022. Soyons réalistes, demandons l’impossible.

Ti Wi (Gljd)

 

Partager cet article