Le communisme autoritaire n’a jamais créé d’homme nouveau

Non à la guerre

L’Ukraine, grenier à blé de l’Europe, passage obligé du gaz russe vers l’Europe, son principal acheteur, apparaît comme un champ de bataille de plus dans la reconfiguration globale du système capitaliste, hégémonique depuis la chute de l’Union soviétique.

LA RUSSIE, LES ÉTATS-UNIS ET LA RECHERCHE CONSTANTE DE NOUVELLES MATIÈRES PREMIÈRES POUR LEURS ENTREPRISES

En août 2021, tous les yeux du monde se sont tournés vers l’Asie. L’Afghanistan, pays en guerre depuis 20 ans après l’invasion américaine en 2002, connaissait une offensive imparable des talibans, un groupe islamiste radical né des initiatives d’étudiants de l’islam, dont beaucoup sont orphelins du fait de l’invasion soviétique du territoire afghan dans les années 1980. Ce groupe, qui a mené une guerre civile contre le gouvernement afghan, soutenu par l’envahisseur américain et ses alliés occidentaux, a vu l’opportunité de prendre le pouvoir à la suite de la décision des États-Unis de se retirer du pays. Repli pour le moins surprenant et en toute hâte.

Comme l’armée américaine était le principal soutien du gouvernement, il n’a fallu que quelques semaines aux talibans pour prendre Kaboul et établir un émirat islamique, tout comme dans la seconde moitié des années 90, réprimant la gauche afghane, les femmes et tous ceux qui ne communiaient pas avec le radicalisme islamique. Pour le résultat que l’on connaît : une famine à grande échelle et une attaque contre les libertés des femmes.

Avec ce retrait, un secret de polichinelle était confirmé : les États-Unis n’avaient plus la puissance économique, sociale et militaire suffisante pour soutenir une guerre prolongée dans l’autre partie du monde. Donald Trump l’avait déjà prévu, et c’est que sa décision de ne déclencher aucune guerre avait pour objectif clair de se renforcer en interne pour ensuite disputer à nouveau l’hégémonie mondiale. Sa politique économique, basée sur l’importance accordée au marché intérieur, cherchant à renforcer les sociétés yankees, était une autre indication de la crise économique que les États-Unis traversaient en interne. La crise sanitaire du Covid n’arrangeant pas les choses.

Compte tenu de ce scénario, il valait mieux se tourner vers d’autres territoires à exploiter. Considérant l’impossibilité d’exporter le pétrole vénézuélien ou celui du Moyen-Orient, l’Ukraine est apparue comme un territoire intéressant à attirer dans la sphère yankee, en raison de sa richesse en hydrocarbures, en énergie nucléaire, en champs de cultures céréalières, et en étant la porte d’entrée de L’Europe du gaz russe et asiatique.

Le fait d’avoir l’Ukraine dans la sphère d’influence occidentale permettait en outre de tenir la Russie à distance et de ne pas permettre l’expansion économique de la bourgeoisie de ce pays, d’une richesse exorbitante par rapport à la bourgeoisie européenne, essentiellement en raison de l’extension du pays et du large éventail de ressources naturelles disponibles à exploiter.

Moscou, quant à elle, servant les intérêts de sa propre bourgeoisie capitaliste, propriétaire des grandes entreprises russes de l’informatique, de l’énergie et de l’armée, scrutait la situation géopolitique en Occident. Ce déclin que nous avions déjà commenté, et qui s’est confirmé avec l’évacuation de Kaboul, était le moment propice que voyait Vladimir Poutine (nationaliste, conservateur et ouvertement capitaliste) pour amorcer l’expansion vers l’ouest en cherchant la domination et l’envahissement de l’Ukraine.

 

Ce qui s’est traduit officiellement par une campagne de « dénazification » de la part de Poutine, terme moins employé dernièrement. En réalité cette guerre  répond clairement aux intérêts économiques de la bourgeoisie russe en Ukraine, principalement en Crimée, porte d’entrée de la Russie sur la mer Méditerranée, lieu stratégique pour maintenir le contrôle des marchandises entrant et quittant l’Asie, l’Afrique du Nord, l’Europe du Sud et en général, vers le monde entier. Il y a une raison pour laquelle la Russie maintient la flotte de la mer Noire à Sébastopol, qui a été continuellement active depuis 1783, car Sébastopol est restée sous souveraineté russe, même après la chute de l’Union soviétique.

La recherche constante de matières premières par les États-Unis et la Russie ne doit pas être comprise simplement à partir d’un concept géopolitique traditionnel, presque avec le même paradigme existant pour analyser la guerre froide, car les motivations militaires et expansionnistes des deux pays n’ont plus rien à voir avec une expansion de territoire pour gagner de l’espace vital ou élargir « mon idée » du monde, mais fondamentalement ces manœuvres répondent à l’intérêt immédiat des entreprises de ces pays d’obtenir des profits illimités et perpétuels dans le temps.

Les États ne répondent plus aux intérêts politiques. On peut voir au sommet de l’État des politiciens de droite, d’extrême droite ou de gauche, mais cela n’influence pas beaucoup l’orientation du pays, car les États, à l’heure où nous vivons, ne répondent qu’à leurs propres bourgeoisies, ces propriétaires de grosses entreprises qui dirigent les destinées de leur nation. Les oligarques sont connus en Russie pour leurs liens avec le pouvoir.

Les entreprises, assoiffées de nouveaux marchés, de matières premières et de territoires à exploiter, recourent à la force militaire, diplomatique et médiatique pour mater les pays qui leur sont hostiles. Une fois leurs forces vaincues, ces nouveaux vassaux se mettent au service des entreprises pour multiplier leurs profits. A la manière des fiefs médiévaux, les grosses entreprises sont les châteaux du Moyen Age qui cherchaient à accumuler indifféremment toutes les richesses, ainsi que le pouvoir politique à travers la conquête d’immenses territoires.

C’est pourquoi nous appelons tous ces mouvements géopolitiques, le reflet de cette nouvelle étape du capitalisme, qui a évolué du classique au néolibéralisme, pour s’exprimer plus tard dans le néoféodalisme d’entreprise, un système économique dans lequel peu importe qui dirige l’État au niveau politique, mais seuls les intérêts des entreprises du premier cercle sont d’intérêt.

Un autre exemple de cet état de fait peut être la Chine, un pays qui, après la mort de Mao Zedong, a recherché l’accumulation du capital en transformant radicalement son économie, en introduisant le capitalisme sauvage et en renforçant ses sociétés internes, toutes soutenues par l’État et le Parti communiste, cherchant l’expansion de ceux-ci par la diplomatie de l’argent, afin d’égaler puis de surpasser l’Occident.

La Chine n’a aucun problème à recevoir Poutine ou tout autre dictateur à Pékin. Ce qui compte, c’est l’économie, à la recherche de nouveaux domaines de pillage et d’expansion des entreprises. La politique et les idées ont marqué le pas et se retrouvent même à la troisième place.

Dans tout ce panorama, les seuls lésés sont les peuples du monde, soumis à la barbarie des grandes entreprises et multinationales, qui les écrasent par des méthodes où la loi du plus fort règne.

Les libertaires sont anticapitalistes et constatent que le communisme autoritaire n’a jamais créé d’homme nouveau. Le marxisme-léninisme a enfanté d’un monstre en Russie: le stalinisme. Après la déstalinisation, les anciens dirigeants russes se sont engouffrés dans l’économie capitaliste pour engranger le maximum de profits. Oligarques et mafia russe sont souvent confondus.

C’est pourquoi les ennemis de nos ennemis ne sont pas nos amis. Capitalisme libéral et capitalisme d’Etat sont deux faces d’une même pièce. Le socialisme libertaire représente la seule alternative pour améliorer la condition humaine tout en préservant la liberté.

Partager cet article