Charlie-Hebdo: Agnès Pavlowsky

TOC

L’arme pacifique du savoir est enrayée
Comme vous, j’ai été effondrée quand j’ai appris l’attentat à Charlie Hebdo et les
meurtres. J’étais au lycée où je suis enseignante ; quelqu’un en a parlé. J’ai entendu
l’information sans la prendre en compte. Sans doute, une forme de déni qui m’a permis
de donner mes cours dans la journée, comme si rien ne s’était passé.
Durant la pause, les élèves ont évoqué un attentat dans un journal. Après les
cours, j’ai consulté mes mails sur mon téléphone ; alors, j’ai ressenti l’effroi, la peine, la
colère. J’ai rejoint la rassemblement sur la place de la République : besoin de ne pas être
seule, de partager la peine mais aussi la colère, même avec des inconnus ; bref, être en
communion.
Charlie Hebdo et ses journalistes, caricaturistes, m’ont accompagnée, m’ont fait
rire. Parfois, J’estimais que telle ou telle caricature n’était pas opportune dans le contexte
du moment, mais je ne peux concevoir une autocensure.
Bien sûr, il y a un choc émotionnel, conséquence de la perte brutale de ces êtres
et de l’horreur du massacre. Je suis en deuil et comme en sidération, ce qui peut paraître
paradoxal, ne connaissant pas ces humains et n’ayant pas été sur les lieux de l’attentat.
Beaucoup de personnes ressentent des émotions similaires, car, d’une certaine
façon, ces humains faisaient partie de leur vie et parce que l’attentat a eu un effet traumatique.
Sans doute, cela explique-t-il, en partie, la participation de compagnons anarchistes
à la marche de dimanche appelée par le gouvernement, qui s’est permis de spolier
l’appel des associations. La présence à cette marche de chefs d’États qui font fi de la
liberté d’expression m’apparaît comme une injure envers les morts, une duperie et une
manipulation de plus. Ils doivent peut-être rire jaune ces caricaturistes, face à « l’élan
patriotique », eux qui ont été si peu soutenus lors des diverses attaques contre leur
journal. N’est-il pas contradictoire d’affirmer que les conflits du Moyen-Orient ne doivent
pas être importés en France et cautionner la présence de Netanyahou, Premier ministre
d’Israël, à la synagogue des Victoires ?
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