C’est pas facile d’avoir 20 ans sous Pétain, d’avoir 20 ans dans les Aurès, d’avoir 20 ans en 2020

Hiérarchie vie

Nous l’avons tous à l’oreille, cette harmonieuse mélodie qui nous entraîne, nous porte. Cette partition, quelle qu’elle soit, capable de nous apaiser, nous faire tanguer de gauche à droite ou encore d’avant en arrière. Celle qui s’empare de nous, nous laisse muet, pour ne plus que seulement nous laisser profiter, en attendant la prochaine note. Qu’il s’agisse d’un do ou d’un la, on sait d’avance où l’on va, d’ores-et-déjà satisfaits de la suite. Bref, les couplets habillent les refrains pour ne plus former qu’une entité des plus esthétiques et cohérentes.

Mais le cerveau reste exigeant : à la moindre intempérie dans la continuité symphonique, au moindre écueil, et celui-ci se réempare de lui-même, laissant la jouissance de l’écoute à d’autres. Entre l’harmonie et la cacophonie, la frontière est poreuse, ou du moins très mince. Et dans le second cas de figure, inutile d’attendre de la substance grise une quelconque persévérance à l’endroit de l’écoute…elle s’en est déjà allée. Elle n’apprécie guère la cacophonie.

 

Alors on comprend soudainement mieux la scène prolongée à laquelle on assiste depuis maintenant plusieurs semaines dans les rues et plus généralement dans chaque espace ou lieu public traversé. Une métaphore filée d’ordre cacophonique mettant en scène non plus des individus visibles, mais une somme de quasi cous-de-jattes auto-sacrifiés dont les identités physiques deviennent de prime abord aussi mystérieuses que leurs anthroponymes respectifs. Mais de quelle cacophonie s’agit-il alors ? Celle d’individus résignés à sentir la continuité harmonieuse, à priver leurs yeux et leur substance de la juste perception des choses, au profit d’un ensemble tout à fait vague et oppressant dénué de sens, aboutissant maintenant à l’anéantissement de toute volonté.

Rembobinons la cassette : après avoir suivi l’appât, l’arrivée progressive mais toujours plus menaçante du virus envahisseur. Après avoir été confiné deux mois durant. Après avoir entendu les déclarations et contre-déclarations de représentants que l’on qualifiera de « perdus » avec un peu de complaisance, d’  « incompétents » avec plus de dureté peut-être. Après avoir assisté aux quolibets à l’encontre d’un éminent professeur que l’on ne cite plus en ce mois d’octobre 2020. Après avoir encaissé les indénombrables et tapageuses joutes verbales des divers scientifiques intervenus publiquement. Après…. Après tout cela, que reste-t-il ? Au-delà de l’anaphore illustratrice du macabre constat, il me semble qu’il ne reste guère qu’une société flétrie et apathique d’individus dorénavant prêts à courber l’échine. Certes, ne nous arrêtons pas à cela. Car certaines têtes restent dressées. C’est sur ces épaules solides que l’espoir repose toujours. Mais empiriquement, une société constituée d’individus avançant spontanément et aveuglément dans un sens identique et prédéfini ne laisse jamais rien augurer de bon. Quand la foule, d’une part constituée et d’autre part éduquée, est lancée, c’est qu’une leçon s’est distillée collectivement. Les médiateurs de cette distillation, on ne les citera pas davantage. Ce sont bien souvent les mêmes. Le procédé n’est pas neuf. Il suffit de se tourner vers le passé proche du XXème siècle, puis de s’attarder sur un certain E. Bernays pour comprendre le genre de mécanisme évoqué. Ce dernier, par ailleurs neveu du célèbre S. Freud, a concrètement mis en pratique la manipulation des foules dans une optique consumériste à l’époque. Cela n’est pas un hasard si certains le désignent comme père de la propagande. Il en avait en tout cas saisi les ressorts. Avec le recul de la seconde moitié du XXème, on peut dire que ses théories s’avéraient exactes. Leur exécution fut une réussite.

 

Dressons alors un bilan succinct de la situation à ce jour. Le masque, après avoir été annoncé comme foncièrement inutile en tant que barrière vis-à-vis de la contamination inter-individuelle, est maintenant devenu tout l’inverse. Au bout du compte, le voici rendu obligatoire de manière quasi généralisée dans toute la France. A quelques exceptions près. En effet, au Havre par exemple, la promenade de la plage nécessite l’usage du masque. En revanche, aussitôt la partie « galets » franchie, celui-ci n’est plus nécessaire. Les fameuses barrières invisibles. En terrasse assis, inutile. En terrasse debout, nécessaire. Dans la rue, seul, la nuit à 1h00 du matin, nécessaire… Cela se passe de commentaires. Les responsables politiques et leurs médiateurs aiment à nous rappeler cette même nécessité du port du masque. On en oublierait presque ou complètement la transmission par le contact direct ou indirect. « Allez consommer ! Tant que le masque est sur votre nez, tout le monde est protégé ! ». Un type de slogan plutôt conforme aux prescriptions quotidiennes et assourdissantes qui nous sont offertes. Que dire de ces publicités affreuses de culpabilité et de violence confectionnées par l’Etat, cette institution qui perçoit l’argent public, ne l’oublions pas. Ne perdons jamais de vue que chaque discours, chaque clip, chaque instrument de communication quel qu’il soit, ne se contente pas d’un message brut. Se cache toujours en arrière-fond une portée, quelque chose de plus insidieux qui résonne en nous, faisant émerger une perception bien voulue de la réalité qui nous est offerte. A propos de cette même publicité que l’on a presque maintenant tous vue, imaginons un instant une toute autre dernière scène : la grand-mère de cette heureuse famille se faisant réveiller le lendemain matin de son anniversaire au beau milieu de sa chambre lumineuse par le chant des oiseaux du jardin. Devant elle, une photo de la veille, d’elle et de ses enfants et petits-enfants. Cette grand-mère-là est en pleine forme, heureuse de sa soirée et de ce partage familial. Tout cela pour mettre le doigt sur l’orientation souhaitée d’une publicité a priori neutre…mais qui se révèle tout sauf neutre ! Dans un contexte de destruction du tissu familial institué depuis quelques décennies, Bernays apprécierait la manœuvre. Peut-être aurait-il agi un poil plus subtilement. D’un sens, peu importe tant que l’objectif est atteint.

 

Enfin, je vois dans l’ensemble de cette amère constatation une analyse peu rassurante. Un individu ou a fortiori une population, ne réagit pas de façon égale à des stimuli différents. On se souvient, très proche de nous, de l’étincelle de la hausse de la taxe sur le carburant, qui avait abouti à la grande vague jaune, fin 2018. En effet, cette mesure, directement palpable par le contribuable, ne pouvait qu’amener, si j’ose dire, a minima à une opposition, au pire, à une profonde révolte. Le caractère palpable d’une mesure modifie du tout au tout les réactions individuelles et populaires. On ne bluffe pas un individu soucieux de ce qu’il possède directement et à portée de main.

A contrario, il est de certains pans de nos vies que l’on palpe avec moins de facilité. Quand les attentats du 11 Septembre 2001 frappent de plein fouet le peuple américain, on comprend qu’il n’est guère difficile pour un gouvernant d’aller sur le terrain de la réévaluation du budget consacré au militaire, de même éventuellement que sur celui de la signature de contrats d’armement avec des alliés étrangers. Le peuple perd dans ces domaines toute habileté évaluatrice et perd de ce fait toute propension à s’insurger au besoin. L’entité militaire s’en trouve alors immunisée. Elle l’est d’autant plus qu’elle apparaît alors comme la garante d’une société sécuritaire dans un contexte de menace. C’est la question du principe qui est ici soulevée : quel degré de liberté un peuple est-il prêt à sacrifier pour davantage de sécurité ?

Vous percevez déjà la suite logique du raisonnement. Ce principe s’applique de la même manière à l’endroit de l’entité sanitaire. En outre, la question sanitaire ne s’arrête pas à l’unique principe. Il est doué d’une force ultime qu’est celle de la vie, de la survie. C’est aussi précisément un champ dans lequel le commun des mortels n’est pas qualifié. Il est alors évident pour les pouvoirs publics d’orienter les comportements selon son bon vouloir. En face, la population sera au garde-à-vous, souvent prête à tout, face à la peur, pour s’assurer la survie. Cette force ultime est dotée de ce don qui consiste à effacer purement et simplement la question du principe sécurité/liberté des consciences. Voilà notamment pourquoi une partie importante du peuple se détache de sa liberté.

 

Il est toujours plus agréable de conclure sur une note positive. Mais quand la cacophonie s’emballe, elle nous emporte avec. Je conclurai alors par l’expression d’une crainte, celle de l’irréversibilité. A l’instar de la proclamation de l’état d’urgence il y a de cela cinq ans, il est à craindre que le pas effectué en avant dans le sens de l’obéissance sanitaire ne puisse se faire, à l’avenir, vers l’arrière, pour revenir à une forme de vie qu’on qualifierait aujourd’hui de « normale ».

Concernant l’état d’urgence, certes celui-ci fut abrogé en 2017, mais laissant parallèlement place au renforcement de lois sécuritaires. Il est à craindre qu’il en soit de même, d’une façon assez similaire, au sujet des comportements sanitaires. Je parle ici de comportements et non de règles, car si une quelconque imposition n’est pas promulguée institutionnellement parlant, encore que, j’ai parallèlement conscience de l’hystérie délivrée quotidiennement depuis maintenant plus de dix mois et de ses effets dévastateurs sur les mentalités des générations impactées. Cette idée de servitude volontaire est par ailleurs bien plus angoissante que celle de l’imposition. Souhaitons seulement pouvoir nous en affranchir au plus vite.

Léo (L.H.)

 

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