Bravo les jeunes !

Mon double

Bravo les jeunes !

C’était bien mieux avant, au moins les jeunes avaient une conscience de classe, ils militaient…Tandis qu’aujourd’hui, ils ne pensent qu’à eux ? Individualistes, égocentriques…tous les qualificatifs péjoratifs pour indiquer que la jeunesse, c’est plus ce qu’elle était !

A chaque nouvelle génération, c’est la querelle des anciens et des plus jeunes.

A y regarder de plus près, les anciens se trompent. Aux Etats-Unis, nous venons d’assister à une mobilisation gigantesque et une manifestation anti-armes de masse. Samedi 24 mars sera gravé dans la mémoire de cette jeunesse américaine que l’on croyait assoupie et résignée. Que nenni !

Les lycéens de Parkland nous rappellent que les jeunes peuvent descendre dans la rue et faire trembler le pouvoir. Les politiciens dont bon nombre sont tributaires de l’argent de la puissante N.R.A., pour leurs campagnes électorales, tergiversent et tentent de différer la demande de la « shooting generation ». Ils vont même jusqu’à renforcer au contraire les ventes d’armes en augmentant les dotations pour la sécurisation des établissements scolaires. Pas sûr que la jeunesse américaine se fasse duper par ce tour de passe-passe. Il faudra bien passer par la suppression totale des armes à feu aux Etats-Unis. La jeunesse était à l’avant-garde du pacifisme durant la guerre au Vietnam, sera-t-elle aux avant-postes du pacifisme en 2018 ? Des jeunes comme Emma Gonzalez n’ont pas l’air de s’en laisser compter. Espérons qu’elle ne prenne pas la grosse tête et qu’elle ne se laissera pas embobiner par les politiciens retords de son pays. Les jeunes qui utilisent les réseaux sociaux arrivent finalement à mobiliser rapidement, efficacement et en nombre. Quand on sait que 187000 jeunes Américains ont été exposés à des violences par arme à feu, ne serait-ce qu’en milieu scolaire, il est temps que la peur change de camp. Ce n’est pas l’encadrement du port d’armes qu’il faut, c’est la suppression pure et simple de la vente d’armes.

 

En France, la jeunesse aussi se réveille et loin de l’embrigadement politique des années post-68, tend à s’émanciper de la chape de plomb des partis politiques. En 1968, le Parti Communiste était puissant ; les partis d’extrême gauche, maoïstes et trotskystes étaient visibles et toujours sur la brèche. Pourtant, leur militantisme n’a rien changé. Les « établis », à quelques exceptions notables près, ont vite cédé le pas à un salariat moins pénible. Finalement, l’usine, les quarts, c’est pas la panacée. Quand on n’a pas le choix, on y reste toute une vie, si possible. Combien de jeunes intellectuels bourgeois ont pris des virages à 90° quand ils se sont aperçus que la vie en entreprise, c’est la chienlit. Les horaires, les petits chefs, le rendement…et puis petit à petit, on s’est rendu compte que le stalinisme était un régime d’assassins à grande échelle. Que Mao et sa révolution culturelle avait fait de nombreux dommages collatéraux. Que Castro, c’était pas tout à fait la liberté…

Alors les jeunes ne souhaitent pas être les descendants de ces anciens. A juste titre. Par contre, ils sont de moins en moins pour la délégation de pouvoir et entendent, eux-mêmes, agir et ne pas laisser les autres décider à leur place. C’est une bonne nouvelle que cette pratique qui relègue la dictature du prolétariat et les polits buros aux poubelles de l’histoire. Les partis traditionnels se vident, c’est l’hémorragie militante. Tant mieux, ils ont failli et entraîné dans leur sillage la perte de confiance dans l’engagement politique, du moins celui attaché aux partis, ceux qui encartent.

Comme aux Etat-Unis, les jeunes s’engagent pour une cause qui leur semble juste : lutte contre les injustices, pour la liberté d’expression, lutte contre les tenants du pouvoir, contre la corruption, lutte contre les discriminations…Viendra sans doute, la lutte pour la paix, la solidarité et la défense de la terre nourricière mise à mal par la pollution, les faiseurs de fric qui déboisent, laminent les sols et ne pensent pas aux générations futures.

Marre d’être récupérés, assez d’être comptabilisés dans des sondages truqués, dégoûtés des politiciens qui mentent, sont corrompus…Marre de suivre bêtement un chef, un leader charismatique ou pas. A bas les chefs ! D’ailleurs, sans leader autoproclamé, finies les magouilles des débouchés politiques…Au rebus, ces vieilleries de récupération.

Entre les militants de clavier, ceux qui utilisent internet comme psychothérapie, et les militants bornés, sectaires qui ne voient que par la priorité de ce pourquoi ils militent…il y a une masse de jeunes qui utilisent les réseaux sociaux pour une cause ponctuelle. Le seul hic, c’est la manipulation. Les sources divergent, les fake-news pullulent. Il faut trier, consolider et aiguiser son esprit critique. C’est pourquoi nous pensons que si le livre trouve de moins en moins de lecteurs chez les jeunes, nous devons cependant  garder nos bibliothèques « militantes » afin de rechercher des documents que l’on ne trouve pas sur le net ni dans les lieux officiels de la culture d’Etat. Qu’on se souvienne de ces rebelles syriens qui avaient monté une bibliothèque de 5000 volumes, sous terre, pour exister, pour se faire plaisir et faire face aux nouvelles de désinformation du pouvoir. Car tout pouvoir manipule. La première chose que le régime de Bachar a fait, quand cela a été possible, ça été de détruire les livres comme les nazis firent des autodafés…La culture par le livre sera peut-être la seule porte de salut pour la jeunesse quand tout aura été gangréné par internet et les médias.

Alors, le livre, oui et toujours le livre. Et un peu d’humanisme libertaire parce que tout n’est pas pourri dans ce monde. Mais il faut réfléchir et vite car des millions de vies humaines sont en danger : celles victimes de la guerre mais celles aussi des réfugiés climatiques qui essaient de trouver un endroit où simplement vivre. Les occidentaux ont une lourde responsabilité dans cet état de fait.

Alors que les dépenses militaires ont atteint près de 1700 milliards de dollars dans le monde en 2016, alors que la France prévoit une dépense cumulée de 300 milliards d’euros entre 2019 et 2025, nous sommes incapables de satisfaire aux besoins vitaux de l’humanité ! On marche sur la tête et le cynisme des dirigeants politiques n’est plus à démontrer. C’est sans doute sur cette exigence morale que les jeunes générations auront à se battre. Quand on sait que 37 milliards de la Loi de Programmation Militaire (LPM) seront consacrés à la dissuasion nucléaire, on reste abasourdi de tant de légèreté et d’imbécilité. Les propositions d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure ou ailleurs sont de véritables bombes à retardement pour les générations futures, et ce sur le temps long.

Ne peut-on dépenser l’argent public, notre argent, de manière intelligente et humaine : pour aider les victimes des guerres, pour satisfaire les besoins vitaux de chacun partout y compris en France, pour s’adapter aux dérèglements climatiques qui engendrent misère, famine et déplacement de réfugiés climatiques qui seront des dizaines de millions dans une cinquantaine d’années…De l’argent enfin utilisé à bon escient. En Afrique, par exemple, multiplier les barrages verts pour endiguer l’avancée des déserts. Creuser des puits et irriguer conséquemment les terres et revenir aux cultures vivrières. Utiliser l’énergie solaire et les énergies renouvelables…Et surtout maintenir la paix. C’est faisable. De l’argent, nous en avons ; c’est son utilisation qui pose problème notamment au niveau éthique. Les politiques, et c’est en cela qu’ils sont nuisibles ont toujours tendance à s’occuper des conséquences de tel ou tel phénomène sans penser à traiter les causes et tarir la source des maux. Un raisonnement à court terme qui permet cependant à certains de se mettre de l’argent de côté sur le long terme. Leur argent gagné ainsi, c’est notre insécurité. Alors, debout les jeunes, on a du pain sur la planche.

 

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