Au temps où Maurice Joyeux était à la CNT

Joyeux Maurice

Unité !

Contre les divisions politiciennes

et les briseurs de grève

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            La colère des travailleurs de la région parisienne, longtemps contenue par les promesses démagogiques, des politiciens de droite comme de gauche – vient d’éclater.

La réaction a été d’autant plus vive que la patience avait été plus longue et la déception plus amère.

Dans la forteresse de ceux qui se vantent (bien à tort, d’ailleurs) de refléter toutes les aspirations ouvrières, les ouvriers ont signifié au Gouvernement leur volonté de mettre fin à la duperie du blocage des salaires et de la « baisse des prix » sur le papier.

Aucune des déclarations, aucune des promesses des « guides aimés du prolétariat » n’ont pu prévaloir contre ces réalités palpables : pas de pain, pas de viande, pas de vin, sinon au marché noir à des prix dépassant les possibilités des salaires actuels ; et par conséquent, nécessité d’augmentation immédiate de la fraction du revenu national attribué au prolétariat.

Des politiciens retors président aux destinées du mouvement syndical ; débordés de toutes parts, ils ont tenté par tous les moyens d’enrayer cette action revendicative, qui menaçait de s’étendre à tous les travailleurs de la région parisienne.

En étroit accord avec la direction de la Régie Renault, la section syndicale et le comité d’entreprise ont essayé d’écarter des pourparlers le comité de grève régulièrement élu par les ouvriers.

Rien n’a été épargné pour abattre le mouvement : le mensonge et la calomnie ont été les armes dont se sont servis les bonzes de la C.G.T. Alors que ce magnifique mouvement groupait la presque unanimité des travailleurs, ils se sont essayés à l’œuvre de division déjà employée par eux au cours de la grève des P.T.T. Et de celle du livre ; puis, aidés par des mercenaires à gages venus de tout Paris, ils se sont livrés à des manœuvres d’intimidation dont le but était de décourager les travailleurs. Rien n’y fit ; et les Henaff, les Costes et autre Croisat ne sont pas près d’oublier l’accueil qui fut fait à leurs propositions transactionnelles. Les ouvriers réclamaient une augmentation de 10 fr. de l’heure. On leur répond en leur offrant une prime de rendement à la production de 3 francs. Personne ne saura d’ailleurs jamais ce qu’entendaient par-là ces messieurs, car la clameur qui accueillit cette proposition leur coupa toute envie de continuer leur discours – et ils trouvèrent plus sage de battre en retraite.

La grève de chez Renault est riche d’enseignements pour le mouvement dans son entier. Elle montre le vrai visage des politiciens cégétistes qui n’ont pas hésité, pour servir leurs maîtres, à faire œuvre de jaunes et de briseurs de grève. Ce n’est pas le retournement tactique qu’ils ont accompli le 30 avril et qui a amené le retrait des communistes du gouvernement qui désormais pourra tromper les ouvriers. Ceux-ci n’oublieront pas que M. Thorez, répondant au Président du Conseil s’écriait : « Mais enfin, n’avons-nous pas été Loyaux, n’avons-nous pas soutenu votre politique de blocage des salaires ? Si le monde ouvrier a accepté cette politique, c’est grâce à nous. » Ce qui  est, en effet, l’exacte vérité – les communistes ayant été depuis un an le frein le plus sûr à l’évolution ouvrière.

La bourgeoisie, pour faire accepter sa politique de misère, de boue et de crime, avait besoin de laquais. Elle a trouvé pour la servir les politiciens communistes et les dirigeants socialistes. Toutefois cette compromission devenant trop visible, les leaders communistes se sont crus obligés à une cure de gauchisme.

La ficelle est un peu grosse ; et les travailleurs, éclairés par nos camarades de la C.N.T. à la pointe du combat chez Renault, sauront déjouer toutes ces manœuvres.

Il reste aux militants révolutionnaires en général et aux militants libertaires en particulier une autre conclusion à tirer de ces événements ; c’est que, contrairement aux déclarations des pessimistes chroniques, tout est possible, et tout de suite !

            Si nous avions dit à certains, il y a deux mois, que les travailleurs de chez Renault et du Livre effraieraient cette énorme machine qu’est le parti Communiste, jetteraient par terre le gouvernement (car en fait ce sont eux qui sont les responsables de la crise actuelle), ils se seraient récriés – nous décrivant minutieusement toutes les forces communistes de l’usine, sans nous faire grâce d’aucune cellule d’atelier – pour conclure une fois de plus que « nous prenions nos désirs pour des réalités ». Or, au contraire, la leçon de cette dernière semaine nous démontre qu’il suffit de se serrer près du prolétariat avec comme arme les formules traditionnelles du syndicalisme révolutionnaire, pour réveiller l’ardeur au combat des ouvriers de ce pays.

La leçon ne doit pas être perdue.

En avant les libertaires pour de nouveaux Renault !

En avant pour la grève générale de la métallurgie !

En avant pour la grève générale de tous les travailleurs !

En avant pour la relève de la C.G.T. par notre jeune C.N.T révolutionnaire !

En avant pour la conquête des masses à l’idéologie communiste-libertaire !

 

JOYEUX.

Le Libertaire, 8 Mai 1947.

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