Pour un anarchisme à finalités écologistes

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Combien de militants ont passé des soirées, voire des nuits, à coller des affiches, des autocollants…des journées à distribuer des tracts, à boîter…Avec quelle excitation, quel enthousiasme, quelle ardeur, ils ont accueilli le moindre soubresaut social, la moindre mobilisation pensant que le Grand Soir était proche. Ils se sont accrochés au plus petit fil d’espoir, avec une confiance dans les masses, voyant partout des signaux qui leur étaient favorables et leur donnaient raison. Durant des décennies, ils se sont attendus à des retournements de situation, à des révoltes que rien ne pourraient arrêter et qui pourraient par contre leur permettre de prendre les choses en main, validant leur discours. Ils se sont crus porteurs de l’idéal de tous et toutes et entourés de la sympathie des plus humbles et des classes moyennes. Les foules opprimées n’attendaient que leur signal pour se soulever, c’était une question de jours ou de semaines. Ils portaient la marque de l’aristocratie ouvrière, fière de son savoir-faire. Ils faisaient de l’homme, finalement, un objet de culte ; leur foi militante croissait avec le temps et l’entre soi. Les grandes phrases de leurs théoriciens, récitées comme des mantras, faisaient office de textes sacrés.

Mais voilà, le temps passe et comme leurs aspirations exigeantes se heurtent au principe de réalité, le défaitisme intellectuel point. Certains rejoignent des idéaux autoritaires, action typique des amours déçues. D’autres, plus rêveurs, se mettent en quête d’une autre radicalité, plus violente dans ses actions ; certains entrent dans le radicalisme de papier ou de clavier. D’autres encore disparaissent des radars et se fondent dans la masse. Bref, des mots, des idées dans le tonneau des Danaïdes de nos causes perdues.

Tous et toutes avaient rêvé de quelques raccourcis pour arriver à la Révolution, de quelques gestes et exploits qui les auraient menés au but, les dispensant du lent et désespérant labeur d’éducation, de propagande et d’organisation. Car le militantisme, c’est aussi cela ; cette éducation qui progresse mais qui peut, à certains moments, régresser.

Aujourd’hui, la jeunesse entre davantage dans la lutte pour la défense de la biodiversité et pour limiter le réchauffement climatique. Et c’est très bien. Pour nous, il ne s’agit pas d’abandonner la lutte sur le terrain social mais celle-ci devra maintenant s’exercer en lien avec un souci et une finalité écologistes. A défaut, l’anarchisme se réfugiera à nouveau dans sa tour d’ivoire et continuera à regarder passer les trains…

Ti WI (GLJD)

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