8 Mars 2021, les femmes se mobilisent

CARTEL 8M IMPRESIÓN BASE BOCETO cast

Plusieurs compagnons, perdus dans un lexique abscons, nous ont demandé la signification simple de quelques mots que l’on trouve à toutes les sauces.

Intersectionnalité : La pensée intersectionnelle vise à mesurer les différentes discriminations qui se croisent et s’accumulent. Une femme noire lesbienne cumule par exemple les discriminations de genre, de couleur et de minorité sexuelle. On pourrait aussi ajouter la grossophobie…

L’islamo-gauchisme : On trouve de l’islamo-trucmuche dans tous les médias. Islamo-fascistes, islamo-conservateurs, islamo-séparatistes, islamo-gauchistes…La droite et l’extrême droite définissent l’islamo-gauchisme comme un ensemble de structures : universités, services publics, associations…gangrénés par l’islamisme et souvent aidés par les gauchistes. En filigrane, le NPA et l’UCL, pour l’essentiel. Ce qui est complètement crétin, mais comme la pratique du bouc émissaire marche de manière intemporelle, autant l’utiliser jusqu’à la corde. Si l’on peut regretter que certains libertaires jouent les idiots utiles pour le compte des islamistes, il est évident que l’intention première de ces militants n’est pas d’aider les islamistes mais de souligner que les musulmans font partie de la population souvent la plus exploitée. Cette polémique d’islamo-gauchisme à l’université tombe à pic pour un gouvernement qui ne mesure pas la précarité et la misère croissante en milieu universitaire. C’est un dérivatif pour que les gens se focalisent sur un problème annexe qui élude le véritable, celui de l’impossibilité d’étudier dans des conditions dignes. Au Havre, nous voyons des queues d’étudiants qui viennent chercher à manger à la maison des syndicats. C’était inimaginable, il y a un an.

Parallèlement, certains poids lourds du gouvernement entendent dicter aux chercheurs leurs sujets de recherches…Si Frédérique Vidal continue sa chasse aux sorcières, nous n’aurons rien à envier à la période maccarthiste américaine des années cinquante.

Si le gouvernement avait voulu taper juste, il aurait plutôt pointé du doigt l’hégémonie de la pensée marxiste des enseignants d’université dans le domaine des sciences humaines, un peu comme aux Etats-Unis actuellement. Et quand nous disons marxistes, nous pensons à toutes les chapelles. Combien d’historiens ont été « missionnés » par le Parti dans les années 1980 ? Combien de militants trotskystes piochent aujourd’hui dans les campus anglo-saxons leurs nouveaux mantras ? Ce qui est sûr avec le système de recrutement actuel, c’est que des gens patentés, agréés par un diplôme et parfois la cooptation, pourront continuer à truster les postes en évitant les positions d’esprit différentes.

Le safe-space : on parle de cocon, d’endroit où on se sent en sécurité. D’abord initié par des chefs d’entreprise dans les années 1940 aux Etats-Unis, le concept a été récupéré par les milieux homosexuels puis de nos jours intersectionnels. C’est finalement, une espèce de repli sur soi ou plutôt de l’entre soi dangereux puisque même l’extrême droite récupère ce type de concept. On assiste à une prolifération de lieux où les « Blancs éveillés » se retrouvent : Pays de l’Est, certains survivalistes américains…Avec le confinement, le chômage induit, le côté anxiogène de la société et ses peurs de l’avenir que l’on peut conjuguer à tous les temps, nous assistons à un séparatisme de communautés diverses. Pas sûr qu’une loi puisse mettre fin à cette dérive… Le rôle des libertaires est justement de recréer du lien, du collectif, entre les générations, entre travailleurs du public et du privé, entre travailleurs et chômeurs, avec les travailleurs immigrés…Tout ce qui oppose les travailleurs sert les intérêts de ceux qui ont intérêt à diviser pour mieux régner, à commencer par le patronat, les financiers et leurs larbins politiciens.

Patoche (GLJD)

Cette année, nous avons vécu une situation exceptionnelle qui nous a permis, dans une plus ou moins grande mesure, de contempler les ravages d’une société dont les priorités reposent sur le capitalisme: profit économique, activité effrénée imparable et consommation excessive. Nous avons observé avec étonnement que, une fois de plus, l’économie était prioritaire sur la vie. Ce qui signifie, comme nous le savons tous, perdre des vies humaines en échange de la sauvegarde des intérêts économiques. Nous ne pouvons pas oublier que les conséquences désastreuses du COVID-19 sont tombées surtout sur les travailleuses, qui ont joué un rôle essentiel dans la lutte contre la pandémie dans les secteurs essentiels (nettoyage, alimentation, santé sociale, enseignement, etc.). Là encore, les travailleuses ont dû faire face aux problèmes de conciliation du travail salarié et du travail domestique.

Compte tenu de la nécessité évidente de protéger les gens et de valoriser les soins, nous défendons ce 8 mars le féminisme de classe, syndicaliste et combatif, comme notre meilleure défense. Un féminisme qui transforme la vie depuis les racines pour parvenir à une société orientée vers le soin de la vie et la mettre au centre. Un féminisme qui trouve dans le syndicat un outil efficace pour retrouver nos vies, les protéger et les rendre dignes. Pour concilier vie et travail et avoir NOTRE temps et prioriser ce qui est important.

Parce que c’est dans l’union où, jour après jour, nous conquérons nos droits et gagnons du terrain à l’exploitation et à la précarité ; aux heures supplémentaires forcées et non rémunérées, aux heures de travail interminables, aux changements d’horaire qui nous empêchent d’avoir une vie au-delà du travail, à la discrimination et aux abus, aux licenciements … Bref, au manque de contrôle sur nos moyens de subsistance et nos vies.

C’est dans le syndicalisme combatif, où nous récupérons ce qui est à nous et nous travaillons ensemble pour faire plier le fardeau que posent les doubles et triples quarts de travail quotidiens – surtout aux femmes – au travail, à la maison, pendant la maternité.… Avec  le syndicalisme, nous luttons pour que ces fardeaux soient réellement répartis et que les responsabilités soient partagées, pour que les garanties et les soins soient couverts pour toutes les personnes dépendantes et pour parvenir à des conciliations qui n’impliquent pas l’expulsion des femmes du travail.

Un syndicalisme utile et efficace, un espace d’apprentissage et de révision , où l’on se souvient de ceux et celles qui nous ont précédés et d’où l’on se bat au quotidien pour éradiquer la violence faite aux femmes, en créant de véritables réseaux de soutien qui affectent la vie de chaque femme et l’améliorent à travers la défense de nos droits. Où nous impliquons toutes les personnes qui composent le syndicat pour bâtir cette société plus juste qui nous soutient en tant que personnes et donne la priorité à la vie avant tout.

Pour toutes ces raisons, il est important de rappeler que ce 8 mars, comme chaque jour de l’année, est dans le syndicalisme combatif, à la CNT, le lieu où l’on peut lutter à partir d’un féminisme de classe, poursuivi et soutenu dans le temps . C’est pourquoi nous devons continuer à apprendre, à militer et à être un exemple dans nos syndicats: former d’autres femmes, encourager plus de collègues à faire partie du changement, tous étant des participants et reconnaissant notre capacité.

Pour un féminisme de classe, syndicaliste et combatif, et pour nous à la CNT: vive le 8 mars et la lutte des ouvriers!

CNT espagnole

 

 

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