25 000 manifestants au Havre et à Harfleur, le mardi 17 décembre 2019

Dockers L.H.2

Une fois n’est pas coutume, le parcours de la manifestation a pris un chemin inhabituel. De Franklin, la manifestation havraise est partie à la rencontre de la CGT d’Harfleur avec pour point de RDV, le stade Océane. Là, un millier de personnes attendaient le gros de la manifestation. Deux mille dockers fermaient la marche du cortège. Forte présence des portuaires du GPMH avec un millier de personnes et gros cortège enseignant avec 2000 manifestants. Sinon des cortèges fournis de cheminots, de métallos de diverses entreprises havrais (Dresser…), de douaniers, plusieurs camions d’Enedis pour la défense du service public…même des salariés d’Auchan Montivilliers étaient de la partie. Les dockers ont bifurqué avant d’arriver au stade…

Ce ne sont pas les 300 cédétistes présents avec leurs chasubles orange qui faisaient la masse. Au Havre, c’est la CGT qui mobilise…

Un point d’histoire sur une grève des cheminots vue de Rouen…

A.G., comités de grève, coordinations, … mais surtout autoorganisation !

Depuis des années, les actions étaient décidées, dirigées, fortement encadrées par les syndicats notamment la CGT, syndicat puissant à la SNCF. Compte tenu de l’absence de la CGT dans les premiers jours (voire son hostilité) et des bonnes relations entre les militant-es CFDT et une partie des militant-es et adhérent-es CGT opposé-es à la ligne majoritaire de leur syndicat, il a été décidé la création de comités de grève dans chaque Assemblée Générale, sur chaque secteur géographique de la région SNCF de Rouen (Rouen, mais aussi Sotteville, Le Havre, Caen, etc.) : dépôt des conducteurs, agents de trains, de l’équipement, des directions, des ateliers, des gares, avec une AG interservices à Dieppe parce qu’il s’agissait d’un site ferroviaire plus petit). L’Assemblée Générale est souveraine, elle seule a le pouvoir de décision, elle seule peut donner mandat aux diverses délégations et groupes de travail, c’est un mandat impératif. Les comités de grève sont composés de copains et copines élu-es à chaque Assemblée Générale, un siège de droit est réservé pour chaque organisation syndicale qui le souhaite (la CGT a refusé d’y participer dans certains secteurs), ils informent sur la situation nationale et proposent des actions aux Assemblées Générales qui les acceptent ou les refusent. Ces A.G. de secteur se réunissent le matin et mandatent une ou deux personnes pour intervenir à la coordination des comités de grève de l’agglomération rouennaise qui se tient au dépôt de Sotteville-lès-Rouen chaque après midi. Cette coordination n’a pas le pouvoir de prendre des décisions pour la grève ; elle vise à maintenir l’unité et la cohésion du mouvement et à proposer des actions coordonnées qui seront présentées, discutées et adoptées, ou pas, lors des A.G. de chaque secteur le lendemain. Quelles peuvent être ces propositions ? Par exemple, une distribution de tracts aux portes des usines rouennaises, ou la prise par les grévistes de la « côte 135 » (à 135 km de Paris c’est un point stratégique permettant d’interrompre le trafic ferroviaire) ou encore l’animation d’heures d’informations syndicales au centre de tri, aux chèques postaux, à la sécurité sociale, à la cité administrative, à Renault, ce peut être encore des actions de blocage… A la suite de rencontre entre les agents de conduite de Paris Nord initiateurs du mouvement, qui fonctionnent en AG permanente et ceux de Sotteville-lès-Rouen qui ont des expériences de travail en commun de manière unitaire et s’essayent à l’auto-organisation, le 28 décembre est créée la Coordination Nationale des Agents de Conduite. Ce sera un succès : 55 dépôts sur 94 rejoindront cette coordination avec des grévistes mandatés par leur A.G. Une représentativité incontestable (mais pourtant totalement niée par la fédération CGT) des conducteurs de train en grève ! Un peu plus tard, à l’initiative de militants de Paris Sud Ouest sera crée une coordination nationale inter-catégorielle, malheureusement peu représentative des différentes et nombreuses Assemblées Générales. La grève se termina sur une victoire partielle, la reprise fut progressive, la dernière A.G. à voter l’arrêt du mouvement le fit le 12 janvier 1987

noel_et_greve_des_trains_1986_deja_et_2019_pourquoi_pas

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